8 Mars au Cameroun : Entre célébration institutionnelle et impératif de lutte pour les droits

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Le Boulevard du 20 Mai à Yaoundé a vibré, le 8 mars 2026, au rythme de la 41e édition de la Journée internationale des droits des femmes, pilotée par ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille sous l’égide du Pr Marie-Thérèse Abena Ondoua, chef du département ministériel . Si l’événement a été marqué par une forte mobilisation institutionnelle, il rappelle, par-delà le cérémonial, la nécessité d’une réflexion critique sur les disparités persistantes et les enjeux de l’autonomisation économique.

La commémoration de cette journée, officialisée par l’ONU en 1977, tire ses racines historiques des mouvements ouvriers et féministes du début du XXe siècle, notamment de la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg en 1917. Loin d’être une simple « fête », cette date s’impose comme une journée de mobilisation internationale dédiée à l’égalité, à la justice et à la liberté.

Un hommage au leadership national

Au Cameroun, le défilé officiel a été le théâtre d’une séquence dédiée à la reconnaissance des politiques publiques en faveur du Genre. Sous le slogan « Gratitude au Chef de l’État pour avoir placé les filles et les femmes au cœur de son septennat », un carré spécial a réuni une cinquantaine de femmes représentatives de la diversité nationale : élues, administratrices, leaders de la société civile, femmes vivant avec un handicap, élèves et étudiantes. Cette mise en scène, portée par une mascotte symbolique associant le drapeau national aux portraits du Président de la République et de la Première Dame, Chantal Biya, visait à saluer quatre décennies d’engagements législatifs et sociaux destinés à favoriser l’épanouissement de la femme et de la famille.

La présence remarquée de Brenda Biya aux côtés de la Première Dame a constitué l’un des points focaux de cette séquence, suscitant de nombreux commentaires au sein de l’opinion publique, illustrant la portée symbolique que revêtent les apparitions des figures de proue de l’État lors de tels rassemblements.

L’entrepreneuriat féminin : Un levier de transformation

Le volet festif ne saurait occulter la dimension pragmatique de cette célébration. Au Musée national de Yaoundé, une foire-exposition, organisée par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff) avec l’appui de la sénatrice Françoise Puene, a mis en lumière la vitalité du « made in Cameroon ». Avec plus de 250 exposants, cet espace de réseautage a permis de mesurer l’ascension des femmes dans le tissu économique formel.

Les données statistiques récentes confortent cette tendance : les PME dirigées par des femmes représentent aujourd’hui 37,8 % du tissu entrepreneurial national, avec plus de 167 000 unités recensées en 2024. Toutefois, cette dynamique de croissance se heurte à une réalité structurelle : les hommes demeurent majoritaires dans l’univers entrepreneurial, soulignant la persistance d’un déséquilibre que les pouvoirs publics tentent désormais de résorber par des dispositifs d’accompagnement ciblés.

Au-delà du symbole, le poids des réalités

Il est impératif de replacer cette journée dans son contexte doctrinal. Trop souvent galvaudée, la Journée internationale des droits des femmes est régulièrement confondue avec une célébration essentialiste de la « féminité ». Or, le féminisme est un courant pluriel, traversé par des débats complexes sur des questions aussi variées que la parité salariale, l’accès au travail ou les structures de pouvoir.

À l’échelle mondiale, les chiffres témoignent de la fragilité des acquis : des inégalités de volume de travail aux écarts de rémunération — estimés à 28,5 % en défaveur des femmes lorsque l’on considère la globalité des facteurs économiques — le combat pour une égalité réelle reste une œuvre de longue haleine. En cette année 2026, la commémoration au Cameroun, à travers la diversité des initiatives déployées, rappelle que la promotion de la femme n’est pas un achèvement, mais un processus continu exigeant une volonté politique constante et une vigilance citoyenne accrue.

GAËL TSALA NKOLO