La défaite (1-0) des Lions Indomptables face au Cap-Vert n’est pas un simple revers. C’est le symptôme d’une crise latente, où les choix du sélectionneur Marc Brys, notamment son obstination à titulariser un Vincent Aboubakar sans club, cristallisent les tensions et exposent les failles d’une équipe en quête de certitudes à l’approche de la CAN 2025.

Brys et l’énigme Aboubakar : la nostalgie plus forte que la lucidité ?
Le choc de Praia a laissé un goût amer, non seulement à cause du score, mais surtout à cause de la manière. Au cœur du débat : la titularisation de Vincent Aboubakar. Capitaine emblématique, mais joueur sans club depuis mai, son manque de rythme et sa discrétion face aux Requins Bleus ont sauté aux yeux. Pour beaucoup d’observateurs, ce choix de Marc Brys sonne comme une erreur de casting, un pari sur le passé au détriment du présent.
Cette décision est d’autant plus questionnée qu’un joueur comme Eric Maxim Choupo-Moting, bien que n’étant pas au sommet de sa forme, reste un compétiteur évoluant au plus haut niveau. En s’entêtant avec Aboubakar, le technicien belge a envoyé un message trouble à son vestiaire, donnant l’impression que certains statuts sont intouchables, et se privant d’options potentiellement plus dynamiques. Pour sa première défaite à la tête de la sélection, l’image de bâtisseur de Marc Brys est déjà écornée, laissant place aux critiques sur un management qui semble privilégier les symboles à l’efficacité.

Un milieu prévisible, une attaque en panne d’inspiration
Au-delà du seul cas Aboubakar, c’est tout le système de jeu camerounais qui montre ses limites. L’association systématique du trio Baleba–Anguissa–Hongla au milieu de terrain, bien que solide sur le papier, a rendu le jeu des Lions Indomptables stéréotypé et facilement déchiffrable par les sélectionneurs adverses. L’absence de variété tactique et d’innovation dans l’entrejeu empêche de surprendre et de créer de véritables décalages. Le constat est sans appel : le Cameroun ne peut plus se reposer uniquement sur les exploits individuels. L’équipe manque cruellement d’automatismes et d’un plan de jeu cohérent capable de déstabiliser un bloc bien en place, comme l’a prouvé le Cap-Vert, désormais solide leader du groupe avec quatre points d’avance et un pied au Mondial 2026.

Le paradoxe Aboubakar : entre sauveur providentiel et poids mort
Cependant, condamner Vincent Aboubakar sans nuance serait oublier l’histoire récente des Lions. Comme le rappellent certains supporters avisés, l’attaquant a souvent été l’homme providentiel dans les moments cruciaux.
- CAN 2017 : Remplaçant, il sort du banc pour crucifier l’Égypte en finale.
- CAN 2021 : Meilleur buteur (8 buts), il porte l’équipe à domicile.
- Mondial 2022 : Encore remplaçant, il est décisif contre la Serbie (un but, une passe) et offre une victoire de prestige face au Brésil.
Cette dualité fait de lui un paradoxe vivant. Capable du meilleur, il interroge aujourd’hui par sa condition physique. La question n’est donc pas de renier son apport passé, mais de juger avec pragmatisme sa capacité à être le leader d’attaque dont l’équipe a besoin maintenant.

L’urgence d’une refondation avant la CAN
Cette défaite cinglante sonne comme un avertissement. Dans un contexte où le président de la FECAFOOT, Samuel Eto’o, martèle que seule la victoire compte, le Cameroun n’a plus de marge d’erreur. Le temps des choix symboliques est révolu.
Marc Brys se retrouve à la croisée des chemins. Pour éviter une humiliation à la prochaine Coupe d’Afrique, il doit oser, innover et faire des choix forts, basés sur la forme du moment et non sur les statuts passés. La crise sportive est également le miroir d’une instabilité institutionnelle, où la tension entre le staff technique et les instances dirigeantes reste palpable. Le sélectionneur devra non seulement trouver des solutions sur le terrain, mais aussi naviguer dans ce climat complexe.

Le chemin vers la CAN 2025 et le Mondial 2026 est semé d’embûches. Pour les Lions Indomptables, le mot d’ordre est clair : se réinventer ou sombrer dans le chaos.
GAËL TSALA NKOLO




