Moins d’une semaine après la prestation de serment du Président Paul Biya pour un huitième mandat, validée par le Conseil Constitutionnel (avec 53,66% des voix) mais immédiatement contestée, le Cameroun s’engage dans une séquence politique schizophrénique. Tandis que l’Exécutif tente d’imposer un agenda de relance économique axé sur l’emploi des jeunes, le champ politique s’enlise dans une polémique post-électorale révélant une crise profonde de cohésion nationale.

Offensive Exécutive : L’Emploi des Jeunes au Cœur du Nouvel Agenda
L’Exécutif a réagi avec une rapidité calculée, cherchant à substituer un narratif de prospectives concrètes au débat sur la légitimité électorale.
Le Commerce, Moteur d’Emploi Immédiat : Le Ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a rapidement capitalisé sur le discours d’investiture du 6 novembre. Il a exhorté la jeunesse à tirer parti de la Loi sur la liberté d’entreprendre et, surtout, de l’ouverture sans droits de douane à la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), un marché potentiel de 1,3 milliard de consommateurs.
Plan Spécial pour l’Emploi Jeunes : Simultanément, le Ministre Mounouna Foutsou (Intérim à l’Emploi) a lancé l’opérationnalisation d’un “Plan Spécial de Promotion de l’Emploi Jeunes”. Ce dispositif vise à conditionner les avantages aux entreprises privées à l’embauche de jeunes et à financer l’entrepreneuriat, notamment dans les secteurs porteurs comme le numérique et l’agriculture.
Cette stratégie vise clairement à déplacer le focus d’une crise politique vers un impératif de performance économique.

Le RDPC dans la rue pour la cohésion
Dans le même temps, le parti au pouvoir tente de mobiliser sa base. Ce Dimanche 09 Novembre 2025, les Sous-Sections RDPC du Mfoundi IV ont organisé une Grande Marche Sportive dans le 4e Arrondissement de Yaoundé. Environ 2000 militantes, militants, sympathisants et populations en général ont défilé.
L’objectif affiché : un soutien massif aux institutions de la République ainsi qu’au PRÉSIDENT NATIONAL SON EXCELLENCE PAUL BIYA, pour la cohésion pacifique et la réalisation des projets du Septennat des Grandes Espérances.

Fractures Politiques : Contestation, Déchirements et Tribalisme
Si le pouvoir affiche sa détermination, l’opposition et les analystes décrivent un paysage marqué par des divisions aiguës et une crise de confiance.
Contestation Virulente : L’opposition rejette l’appel à l’union sacrée. Patricia Hermine Tomaïno Ndam Njoya (UDC) dénonce une « spoliation du choix du peuple ». Mamadou Mota (MRC) a été encore plus critique, qualifiant la posture présidentielle d’« arrogance et de mépris » et enjoignant le Chef de l’État à démissionner.
Crise au Sein du RDPC : Le sociologue Armand Leka Essomba interprète le score officiel de 53,66% et le long silence post-électoral comme des signes d’une « grande perturbation » au sein du RDPC, dont le charisme est jugé affaibli.
Le Dilemme du PCRN : La décision du PCRN de Cabral Libii de se dire « prêt à travailler avec le pouvoir en place » et d’intégrer potentiellement le gouvernement est vivement critiquée. Pour le journaliste Luc Perry Wandji, cette décision serait moins une stratégie qu’un signe que le parti est « exsangue » et contraint par son recul électoral.
La Menace du « Venin Idéologique » : Le Ministre Jean De Dieu Momo met en garde contre la « radicalisation ethnique », accusant une partie de l’opposition de miner l’unité nationale en s’enfermant dans un « piège du tribalisme politique » au lieu de proposer une alternative nationale crédible.

Les 43 Ans de Pouvoir en Question
Le débat est également traversé par une réflexion sur l’impact de la longévité au pouvoir. François Bikoro analyse que les 43 ans de règne ont « bousillé quatre générations de rêveurs présidentiels », ciblant particulièrement la tranche d’âge 30-50 ans qui voit ses aspirations s’évanouir. D’autres analyses, comme celle de Valère Bessala sur la « bataille mystique », et la critique d’Alice Nkom contre le « silence complice » de Nathalie Yamb, soulignent la porosité entre la sphère politique et un imaginaire collectif saturé, où la critique cède souvent la place à la lecture symbolique.

Le nouveau septennat s’ouvre sur un paradoxe frappant : l’urgence économique commandée par le sommet se heurte à une crise de confiance profonde et à un champ politique où les stratégies d’alliance sont perçues comme des signes de faiblesse ou d’opportunisme, loin de la cohésion républicaine tant appelée par l’Exécutif.
GAËL TSALA NKOLO




