État civil : Le MINPROFF engage une offensive contre « l’inexistence » juridique de 26 000 enfants

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Par une convention de financement de 266,9 millions de FCFA signée ce 29 décembre à Yaoundé avec 18 municipalités, la Ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa lance une opération de régularisation massive. Au-delà de l’acte administratif, c’est un combat pour la citoyenneté qui se joue.

Le constat est aussi froid qu’alarmant : au Cameroun, des centaines de milliers d’enfants naissent, grandissent et étudient sans jamais exister aux yeux de la loi. Pour rompre ce cycle de l’invisibilité, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) a franchi ce lundi une étape décisive dans sa salle des actes. Sous la présidence de S.E. Marie-Thérèse Abena Ondoa, une cérémonie de signature de cahiers de charges a scellé un partenariat financier et technique avec 18 communes réparties sur l’ensemble du territoire national.

Un investissement pour la dignité

Le geste est concret. Une enveloppe globale de 266 910 000 FCFA a été débloquée au profit des exécutifs municipaux. Cet appui financier est strictement fléché : il doit permettre le financement des jugements supplétifs pour 26 691 enfants issus de familles vulnérables. Chaque franc est une pierre posée pour l’édification de l’identité de ces jeunes Camerounais.

« Cette initiative est la matérialisation physique de la politique sociale du Chef de l’État, S.E. Paul Biya, visant à garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens », a rappelé Madame la Ministre. Pour le MINPROFF, le certificat de naissance n’est pas qu’un papier ; c’est le « sésame » sans lequel le droit à l’éducation, à la santé et, plus tard, à la participation civique, reste un horizon de sable.

L’urgence scolaire en ligne de mire

Le tableau statistique brossé durant la cérémonie souligne l’ampleur du défi. Si le taux d’enregistrement national stagnait à environ 66 % en 2014, les données plus récentes du recensement scolaire de 2024 font froid dans le dos : 1 200 000 élèves de CM2 et Class 6 risquent l’exclusion des examens officiels faute d’acte de naissance. À cela s’ajoutent 388 000 enfants du préscolaire dans la même impasse.

Face à cette « urgence signalée », la Ministre a fixé un cap clair aux magistrats municipaux présents (représentant des localités allant de Lobo à Gazawa, en passant par Lolodorf ou Nkor) : le processus de production de ces actes doit être achevé impérativement avant la rentrée scolaire de septembre 2025.

Nkor : Le symbole de la résilience

L’un des moments forts de la cérémonie fut l’hommage appuyé rendu au maire de la commune de Nkor (Département du Bui, Nord-Ouest). Malgré un contexte sécuritaire éprouvant, l’édile a réussi l’exploit de recenser près de 10 000 individus sans identité juridique. Un courage politique qui démontre que la République ne recule devant aucun obstacle pour protéger ses enfants.

La rigueur de la gestion

Le MINPROFF a toutefois assorti son aide d’une mise en garde ferme. L’article 2, paragraphe 4 des cahiers de charges est, selon les mots de la Ministre, « univoque » : les fonds sont exclusivement destinés à la constitution des dossiers de jugements déclaratifs. Les receveurs municipaux, garants de la moralité financière, sont désormais en première ligne pour veiller à ce que chaque centime serve effectivement à l’établissement du précieux document.

Après les entretiens et le cocktail de clôture, les maires sont repartis vers leurs localités respectives avec une mission qui dépasse la simple gestion administrative : ils sont désormais les architectes de la reconnaissance juridique d’une partie de la jeunesse camerounaise.

Liste des 18 Communes Bénéficiaires par Région Région Communes Centre Lobo, Evodoula, Ngog Mapubi, Nkolmetet, Dzeng, Mbalmayo, Mbandjock Est Ndelele Extrême-Nord Gazawa, BlangouavLittoral Nkongsamba 3e NordT choliré, Mayo-Oulo Nord-Ouest Nkor Sud Lolodorf, Mengong, Mvangan, Mengang

GAËL TSALA NKOLO