CAN 2025 : L’Arbitrage en Question, la CAF en Accusation

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Il arrive un moment où le silence n’est plus une simple réserve diplomatique, mais une complicité active. Le quart de finale de la CAN 2025 opposant le Cameroun au Maroc, suivi de la demi-finale explosive entre le Nigeria et ce même Maroc, a franchi ce seuil critique. Ces rencontres ne sont plus de simples épisodes de football ; elles sont devenues les symptômes d’une pathologie profonde qui ronge la Confédération Africaine de Football (CAF).

Le Mirage de la Réforme

À la tête de l’institution, Patrice Motsepe. L’homme d’affaires sud-africain nous avait été vendu comme le modernisateur, le visage respectable d’une CAF censée rompre avec les dérives du passé. Mais à l’épreuve du terrain, une question s’impose : quelle valeur accorder à cette promesse de rupture lorsque l’injustice se déploie sous les projecteurs, sans conséquence ni responsabilité ?

Lors de l’affiche Cameroun-Maroc, l’arbitrage a imposé un déséquilibre structurel. D’un côté, une rigueur implacable pour les Lions Indomptables : sifflets à répétition, cartons mécaniques, étouffement systématique de l’intensité. De l’autre, une indulgence coupable pour les Lions de l’Atlas : obstructions flagrantes et charges dans le dos restées impunies, jusqu’au contact manifeste sur Bryan Mbeumo dans la surface. Verdict ? Silence radio.

La VAR : Un Outil de Sélection Géopolitique ?

Plus grave encore est le rôle de la VAR. Censée être l’arbitre de l’équité, elle est devenue un instrument de sélection : on scrute quand cela arrange, on ferme les yeux quand cela dérange. Ce mutisme technologique, particulièrement criant lors du “hold-up” arbitral subi par le Nigeria en demi-finale, transforme le sport en une mise en scène orientée où le talent devient secondaire face à l’autorité du sifflet.

Dans le football moderne, l’arbitre est le véritable détenteur du pouvoir. Lorsqu’il perd sa neutralité, le match cesse d’être une compétition pour devenir un scénario écrit d’avance.

Une Responsabilité Institutionnelle et Politique

Patrice Motsepe ne peut plus se réfugier derrière le mythe de l’erreur humaine. Gouverner, ce n’est pas seulement organiser des galas, c’est garantir l’intégrité du jeu. Or, la réponse de la CAF face aux critiques est symptomatique d’une dérive autoritaire : là où le monde attendait des enquêtes et des sanctions contre les arbitres défaillants, la CAF a choisi de frapper les voix dissidentes.

La suspension de quatre matchs infligée à Samuel Eto’o pour avoir dénoncé la qualité de l’arbitrage est un message clair : en « Motsepie», on ne corrige pas le problème, on fait taire ceux qui le nomment.

L’Afrique des Blocs

Ce climat alimente une idée dévastatrice : la CAF fonctionnerait selon des logiques de blocs et d’influences régionales. Le Maroc, passé maître dans l’art de la politique de coulisses — comme en témoigne sa capacité à faire récuser des arbitres avant même le coup d’envoi — semble évoluer avec une marge d’erreur que les autres nations n’ont pas.

Pendant que certaines fédérations, comme celle du Nigeria, s’enferment dans une passivité naïve, d’autres occupent le terrain politique. Mais ce déséquilibre de pouvoir finit par fragiliser la crédibilité même de la compétition.

Le Cameroun et le Nigeria n’ont pas seulement perdu des matchs ; c’est la justice sportive africaine qui a été mise en accusation. Le football africain, malgré l’immense talent de ses joueurs, reste prisonnier de pratiques opaques.

Sans un courage politique réel au sommet, aucune réforme n’est possible. Aujourd’hui, l’échec de l’arbitrage porte un nom et un visage : celui de Patrice Motsepe. Le continent ne veut plus de discours sur la “Renaissance Africaine” ; il exige des actes, de la transparence et, par-dessus tout, le respect de l’équité sportive. Car sans justice, le football n’est plus qu’une parodie.

GAËL TSALA NKOLO