Lutte contre le VIH : l’urgence de la pérennisation à Garoua

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La salle de délibérations du Conseil Régional du Nord a servi de cadre à un plaidoyer stratégique en faveur de la pérennisation du projet PETVISIDAME. Sous l’égide de l’ONG Synergies Africaines, les acteurs de la santé et les autorités régionales se mobilisent pour garantir la continuité de l’élimination de la transmission mère-enfant (PTME) dans un contexte financier mondial incertain.

Par une matinée empreinte de solennité, le Gouverneur de la Région du Nord, Jean Abate Edi’i, a présidé une rencontre dont l’enjeu dépasse les simples indicateurs statistiques : il s’agit de la survie d’une génération. Le projet PETVISIDAME, soutenu financièrement par la Banque Islamique de Développement avec l’expertise de l’UNICEF, arrive à une phase de transition où l’appropriation locale devient l’unique gage de survie.

Un modèle de réussite à protéger

Le projet PETVISIDAME bénéficie du haut patronage de la Première Dame du Cameroun, Son Excellence Madame Chantal BIYA. Son déploiement dans le Nord constitue la cinquième étape d’une campagne nationale visant à sanctuariser les acquis de la lutte pédiatrique contre le VIH. Pour le Maire de la ville de Garoua, Monsieur Goura Beladji, l’implémentation de ce programme dans le chef-lieu régional est un motif de satisfaction, mais surtout un appel à la responsabilité collective.

Le Secrétaire Exécutif de Synergies Africaines a d’ailleurs rappelé la nécessité de consolider les résultats obtenus. L’organisation, qui fédère les Premières Dames du continent, place la lutte contre les pandémies et l’amélioration des conditions de vie des femmes rurales au cœur de sa doctrine d’intervention.

Des progrès réels sous l’ombre du déficit financier

Les données nationales issues de l’enquête Camphia soulignent une tendance baissière encourageante : l’incidence du VIH au Cameroun est passée de 0,24 % à 0,15 % entre 2023 et 2024. Cependant, ces chiffres masquent des vulnérabilités persistantes. À l’échelle nationale, le taux de transmission mère-enfant stagne à 14,8 %, un chiffre jugé préoccupant par les experts.

Dans la Région du Nord, bien que la prévalence soit l’une des plus faibles du pays (environ 0,7 %), le défi reste logistique et structurel. Les “turbulences” liées à la baisse de l’aide internationale obligent le Cameroun à repenser son modèle de financement pour atteindre les objectifs de 2030.

Vers une autonomisation de la riposte

Le plaidoyer de Garoua s’inscrit dans la droite ligne du Plan stratégique national 2024-2030. L’objectif est double :

Sécuriser les intrants (tests et médicaments) pour éviter les ruptures de stocks.

Mobiliser les ressources locales pour réduire la dépendance aux financements extérieurs.

L’Unicef Cameroun a rappelé que les adolescentes, représentant 30 % des nouvelles infections en 2023, ainsi que les enfants, dont un sur deux n’a pas accès au traitement antirétroviral, demeurent les cibles prioritaires. Pour la Région du Nord, le maintien de ce dispositif est le rempart indispensable contre une résurgence de l’épidémie.

GAËL TSALA NKOLO