Garoua succombe à la fièvre « Andal Artata »

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Le film « Andal Artata » (Si j’avais su) a marqué les esprits lors de sa projection ce 14 février 2026 à Garoua. Signé par le réalisateur Laminou Tilimdo et produit par Hamid Oumar Malik, ce long-métrage s’immerge dans la réalité brutale des successions traditionnelles du Septentrion. Au-delà du succès populaire, l’œuvre s’affirme comme un acte de résistance culturelle et économique, portant haut l’identité sahélienne tout en bravant les défis structurels du cinéma camerounais.

Le septième art camerounais vient de s’enrichir d’une œuvre dont la résonance sociale dispute la vedette à l’esthétique sahélienne. Ce samedi 14 février, alors que le calendrier grégorien célébrait les idylles, le public de Garoua avait rendez-vous avec une réalité plus âpre, plus profonde : la projection de Andal Artata (« Si j’avais su »), le dernier long-métrage du réalisateur Laminou Tilimdo, produit par Hamid Oumar Malik.

Une autopsie des successions traditionnelles

Loin des clichés folkloriques, Andal Artata s’immerge dans les arcanes des chefferies traditionnelles du Septentrion. Le film dissèque avec une précision quasi chirurgicale les déchirements familiaux et les intrigues de cour qui escortent trop souvent les successions. En explorant la sémantique du regret — ce fameux « si j’avais su » — Laminou Tilimdo signe une œuvre de salubrité publique.

« C’est l’histoire des conflits qui naissent au sein des familles à cause de l’héritage », confie le réalisateur. Son ambition ? Pousser à la réflexion avant l’irréparable. Le récit embrasse la stratification sociale de la cité de la Bénoué, mettant en scène l’opulence des nantis, la résilience des classes moyennes et la lutte quotidienne des plus démunis.

Un manifeste pour l’identité culturelle

Pour le public, l’adhésion est immédiate. Mohamadou Boubakary, spectateur conquis, y voit une production qui « pose un problème de fond sur la relation entre les membres d’une famille et leurs perspectives de développement ». Au-delà de l’ethnie, le film semble toucher à l’universel en s’enracinant dans le terreau de la culture islamique et soudano-sahélienne.

Cette authenticité est le fruit d’un choix politique et économique fort de la part du producteur, Hamid Oumar Malik. Historien de formation et notable, ce dernier a privilégié un circuit de financement local et éthique. Refusant les « financements obscurs » qui imposent parfois des narrations exogènes, la production s’est appuyée sur un réseau de solidarité territoriale : mairies de Garoua, Ngong, Dembo, Gashiga, et l’onction symbolique des Lamibés de Demsa et de Tchéboa .

Défis structurels et horizon national

Si le film est une réussite artistique, il met aussi en lumière les maux endémiques de l’industrie cinématographique locale : la piraterie transfrontalière et le besoin de professionnalisation. Le producteur ne décolère pas face au pillage des œuvres, citant l’exemple de films « MAL DJAMBA I, II et III, multiplié illicitement au Nigeria pour être revendu à vil prix sur les marchés camerounais.

Pour contourner ce fléau, l’équipe d’ Andal Artata mise sur l’expérience de la salle. Une tournée nationale est d’ores et déjà programmée dans huit villes majeures, de Meiganga à Douala, en passant par Yaoundé et Bertoua. L’objectif est double : assurer un retour sur investissement pour financer les deux prochains scénarios déjà finalisés, et prouver que le Grand Nord dispose de l’expertise nécessaire, pourvu que la formation suive.

Andal Artata n’est donc pas qu’un film ; c’est un acte de résistance culturelle. En montrant le visage reluisant de Garoua tout en dénonçant ses silences coupables, Laminou Tilimdo et Hamid Oumar Malik rappellent que dans la marche vers le développement, l’image est une arme de construction massive.

GAËL TSALA NKOLO