ÉTAT CIVIL DU FOOTBALL CAMEROUNAIS : L’HEURE DU GRAND MÉNAGE

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Face au fléau historique de la fraude sur l’âge et l’identité, le football camerounais engage une mutation profonde. Entre répression médiatisée et régularisation administrative, la FECAFOOT durcit le ton pour assainir ses fichiers fédéraux. De l’onde de choc de l’affaire Doualla en 2024 aux statistiques encourageantes de 2026, analyse d’une lutte d’usure qui vise à restaurer la crédibilité du talent national sur l’échiquier international.

Le football africain, longtemps miné par le fléau de la fraude sur l’identité, amorce un tournant historique au Cameroun. Si le phénomène semblait structurel, les données récentes suggèrent une érosion progressive d’un système autrefois érigé en véritable industrie souterraine.

Du déni à la chirurgie administrative

Depuis 2015, l’observation du milieu fédéral laissait transparaître une réalité alarmante. Sous le sceau de l’anonymat, des employés de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) évoquaient à l’époque plus de 500 dossiers litigieux. Ce chiffre vertigineux témoignait d’un « business » institutionnalisé où l’âge d’un joueur devenait une variable ajustable au gré des opportunités de transfert.

L’arrivée de l’exécutif en 2021 a marqué une rupture épistémologique dans le traitement de cette crise. En s’attaquant frontalement au dossier, l’instance faîtière a provoqué une onde de choc, dont l’acmé fut l’année 2024. Le monde du sport garde en mémoire la suspension provisoire de 62 joueurs pour double identité, un coup de pied dans la fourmilière qui n’a épargné personne : de Victoria United au Yong Sport Academy de Bamenda — ce dernier affichant le triste record de 13 joueurs impliqués. Au total, ce sont 95 cas qui avaient été sortis de l’ombre cette année-là.

Deux ans plus tard, l’heure est au bilan d’étape. Les statistiques de 2026 selon les informations recueillies par Charles Douglas Ndemba journaliste sportif exerçant à Radio Balafon officielle au Cameroun , confirment la tendance baissière avec 55 cas recensés. Cette décrue, bien que significative, révèle la nature dynamique du fléau : il ne s’agit pas d’une éradication instantanée, mais d’une lutte d’usure menée au cœur de la Commission du statut du joueur.

La Commission du statut : le tribunal de la vérité

Le modus operandi est désormais standardisé. Le joueur suspecté de porter deux identités — deux âges ou deux patronymes — est soumis à une procédure contradictoire. Face aux commissaires, il doit produire ses documents sources : diplômes scolaires (BEPC, Probatoire, Baccalauréat), Carte Nationale d’Identité, jugements supplétifs et actes de naissance.

L’enjeu est binaire : le joueur doit choisir une identité unique qui sera définitivement verrouillée dans le système fédéral. La FECAFOOT semble ici privilégier une approche de justice restaurative plutôt que purement répressive. L’objectif est de régulariser sans nécessairement briser des carrières souvent pilotées par des tiers (agents, parents, proches), véritables instigateurs de ces manipulations.

Toutefois, la clémence a ses limites. L’incapacité à justifier la dualité d’identité conduit inéluctablement à une fin de carrière précoce, une exclusion en cours de saison ou la perte de matches pour le club si sa complicité est établie.

L’onde de choc « Nathan Doualla »

L’affaire Wilfried Nathan Doualla demeure le symbole de cette ère de transition. Sélectionné à la surprise générale pour la CAN 2023 à l’âge officiel de 17 ans, le milieu de terrain de Victoria United était devenu, malgré lui, le visage médiatique du doute. Entre les enquêtes journalistiques évoquant une identité antérieure sous le nom d’Alexandre Bardelli et les pressions de la Confédération Africaine de Football (CAF), le cas Doualla a illustré les risques juridiques majeurs pesant sur la sélection nationale.

Pour rappel, les règlements de la CAF sont formels : toute falsification prouvée peut entraîner la suspension de l’association nationale pour les deux éditions suivantes de la CAN. Un risque systémique que le football camerounais ne peut plus se permettre de courir.

Vers la « Tolérance Zéro

Aujourd’hui, seules quelques rares formations, à l’instar de Coton Sport de Garoua, semblent hermétiques à cette gangrène. Pour les autres, le sursis est terminé. La FECAFOOT s’apprête à lancer l’opération « Tolérance Zéro », ultime étape d’un processus visant à assainir définitivement les fichiers du football professionnel.

Le passage de 95 cas en 2024 à 55 en 2026 n’est pas une simple victoire statistique ; c’est le signe d’un changement de paradigme. Le football camerounais tente de regagner sa crédibilité sur la scène internationale, conscient que son talent n’a plus besoin de l’artifice des chiffres pour briller.

GAËL TSALA NKOLO