ÉDITORIAL : GAROUA, L’ARCHITECHTURE D’UNE AMBITION

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Dans le théâtre souvent feutré de la décentralisation camerounaise, la 18ème session ordinaire de la Communauté Urbaine de Garoua (CUG) fera date. Au-delà de l’exercice obligé des comptes de gestion, l’exécutif municipal, sous l’impulsion de Goura Beladji, vient de substituer au narratif de l’attente celui d’une performance méthodique. Chiffré à 12,09 milliards de FCFA pour l’exercice 2026, le budget de la cité des berges de la Bénoué ne traduit pas seulement une croissance comptable ; il acte un basculement doctrinal vers l’investissement productif.

LA FIN DU SAUPOUDRAGE

La structure budgétaire présentée révèle un arbitrage rare : près de 80 % des ressources sont désormais sanctuarisées pour l’investissement. Cette concentration de capital rompt avec les gestions de saupoudrage pour privilégier des projets structurants. En injectant 2 milliards de FCFA de fonds propres dans la voirie urbaine — notamment sur l’axe névralgique Carrefour Sodecoton-Djabbé Kona — la CUG fait le choix de la mobilité comme levier de croissance. Ce volontarisme financier sécurise par ailleurs un effet de levier extérieur de 6 milliards de FCFA, confirmant la crédibilité de la signature municipale auprès de l’État et des partenaires internationaux.

L’ÉQUITÉ COMME CONTRAT SOCIAL

Le Plan d’Investissement Annuel (PIA) redessine également la géographie de la dignité urbaine. Le passage symbolique de 50 à 300 millions de FCFA investis dans le 3ème arrondissement témoigne d’une volonté de recoudre un tissu urbain longtemps fragmenté. Cette approche de l’équité territoriale n’est pas qu’une statistique ; elle est le socle d’un nouveau contrat social où chaque quartier accède aux mêmes standards infrastructurels.

VERS L’AUTONOMIE TECHNIQUE ET FINANCIÈRE

Le “génie” de cette mandature réside sans doute dans sa quête d’affranchissement. Face aux aléas des transferts de l’État (CAC), la mairie érige l’autonomie en boussole. La mutation de la Société de Transport de Garoua (STG) en société d’économie mixte et le déploiement de forages solaires pour sécuriser l’accès à l’eau illustrent cette volonté de ne plus subir, mais de piloter.

Sur le plan administratif, la montée en gamme de l’expertise interne — illustrée par le recrutement d’un ingénieur économiste statisticien et la titularisation de cadres — signale que la transformation physique de la ville s’appuie désormais sur une ingénierie de la donnée.

PERSPECTIVES

L’année 2026 s’annonce comme celle de la maturité. Entre l’audace architecturale des nouveaux immeubles de service et le rayonnement social du programme SPORCAP, Garoua délaisse les slogans pour la mise en chantier. Si le chemin vers la résilience financière totale reste long, la direction prise est claire : transformer la capitale régionale du Nord en un pôle de développement endogène, capable de financer son propre destin. À Garoua, le temps de la démonstration a définitivement succédé à celui de la déclaration.

GAËL TSALA NKOLO