Le premier Symposium national sur les maladies non transmissibles (MNT), ouvert le 8 avril 2026 à Yaoundé, marque un tournant institutionnel. Sous le haut patronage des services du Premier ministre, experts et décideurs explorent des réformes structurelles, notamment l’étiquetage nutritionnel frontal et la régulation du marketing, pour freiner une mortalité qui ne relève plus seulement de la fatalité biologique, mais d’un environnement alimentaire délétère.

L’urgence d’une « rupture de paradigme »
Le constat dressé par le Pr Jean Claude Mbanya, figure de proue de la lutte contre le diabète, est sans appel : les maladies non transmissibles sont désormais responsables de 43 % des décès au Cameroun. « Ce que nous mangeons est l’une des principales causes de mortalité », a-t-il martelé, soulignant que la malnutrition par excès affecte simultanément la santé publique, la vitalité économique et les indicateurs de développement. Pour ce dernier, l’échec réside dans une stratégie de promotion qui a longtemps délaissé les produits sains au profit d’aliments ultra-transformés.

FOPWL et régulation : l’arsenal de la transparence
Au cœur des débats, l’adoption du système d’étiquetage nutritionnel simplifié en face avant des emballages (Front-of-Package Warning Labelling – FOPWL) s’impose comme une priorité. Dr Magaran Monzon Bagayoko, Représentant résident de l’OMS, a réitéré le soutien de l’organisation à cette stratégie, la qualifiant d’outil indispensable pour permettre au consommateur de décrypter instantanément la charge en graisses saturées, en sucres ou en sel des produits.

Cependant, le symposium a rappelé qu’une étiquette seule ne suffit pas. L’évidence scientifique internationale, partagée lors des sessions, démontre la nécessité d’un triptyque cohérent :
L’étiquetage informatif pour guider le choix immédiat ;
La restriction du marketing, particulièrement celui ciblant les jeunes ;
La fiscalité comportementale, pour renchérir les produits nocifs et subventionner les alternatives saines.

Du diagnostic politique à l’exécution législative
Le représentant du Premier ministre, M. Ihyong, a salué l’approche multisectorielle actuelle tout en reconnaissant l’ampleur du chantier restant. Un point de vue partagé par l’Honorable Njume Peter, qui a appelé la Représentation nationale à traduire ces recommandations en cadres législatifs contraignants. Le défi n’est plus la production de textes, mais leur mise en œuvre. « Le Cameroun ne souffre pas d’un manque de politiques, mais d’un déficit d’application », a rappelé le Pr Mbanya.
« Le coût de l’inaction est bien plus élevé que celui de l’action. Si nous n’agissons pas maintenant, nous paierons le prix fort en construisant des centres cardiaques pour traiter des pathologies qui auraient pu être prévenues. » — Pr Jean Claude Mbanya

La société civile en première ligne
Pour le Dr Acha Evaristus, Président du Conseil d’administration de RADA, l’engagement doit dépasser le cadre clinique. Constatant que les régimes alimentaires malsains ont surpassé le tabagisme en termes de facteurs de risque depuis 2016, il exhorte les décideurs à une accélération normative. En clôture de cette première journée, Ferdinant M. Sonyuy, PDG de RADA, a appelé à une coalition des forces vives pour protéger la santé publique des interférences industrielles et transformer ce dialogue en réformes durables.

L’enjeu de ce symposium est clair : sortir de la gestion curative pour bâtir une souveraineté sanitaire fondée sur la prévention nutritionnelle.
GAËL TSALA NKOLO




