Le Maire de la ville de Garoua, GOURA Beladji, a présidé le 30 avril 2026 la réunion inaugurale du comité technique chargé de la relance du port fluvial. Cette instance, dont le mandat est fixé à trois mois, doit définir un cadre de gestion conforme aux standards internationaux pour mettre fin à des décennies de vacance managériale. Soutenue par le Préfet de la Bénoué, Oumarou Haman Wabi, cette initiative vise à sécuriser les flux de marchandises sur la Bénoué, à lutter contre l’évasion fiscale et à dynamiser les échanges commerciaux avec le Nigeria et le bassin du Lac Tchad, conformément aux objectifs de la SND30.

L’histoire des infrastructures africaines est jalonnée de géants endormis dont le silence finit par peser sur les bilans nationaux. Le port fluvial de Garoua, longtemps abandonné aux caprices de l’informel, appartient à cette catégorie. Cependant, la tenue de la première session du comité technique d’organisation, sous l’impulsion du Maire GOURA Beladji et l’autorité du Préfet Oumarou Haman Wabi, marque une rupture de paradigme. Ce n’est pas une simple formalité administrative ; c’est un acte de reconquête régalienne.

La fin de l’anarchie gestionnaire
Le diagnostic est lucide : la vacance managériale a transformé ce poumon économique en une zone de non-droit budgétaire. Là où l’État devrait percevoir des redevances et réguler les flux, s’est installée une économie souterraine qui fragilise la Communauté Urbaine de Garoua (CUG). La création d’un organe de gestion formel répond à un impératif de salubrité publique. Restaurer l’autorité sur la zone de mouillage, de Bardaké à Lagdo, revient à fermer les vannes de la contrebande pour irriguer les caisses de la municipalité et de la nation.

Une ingénierie de la relance
La stratégie adoptée se distingue par sa rigueur technique. Il ne s’agit pas de proclamer une renaissance, mais de la construire. L’audit des infrastructures, la sécurisation juridique et, surtout, l’étude scientifique de la navigabilité de la Bénoué constituent le socle de cette ambition. En mobilisant l’expertise de l’Autorité Portuaire Nationale et de la Marine Marchande, les décideurs locaux sortent du volontarisme politique pour entrer dans l’efficacité opérationnelle. Le réalisme climatique et la saisonnalité du fleuve cessent d’être des obstacles pour devenir des variables d’ajustement maîtrisées.

Un levier géostratégique pour la SND30
Au-delà de l’échelle locale, la réhabilitation du port de Garoua s’inscrit dans la grammaire de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Dans une sous-région où les échanges avec le Nigeria, le Tchad et la République Centrafricaine dictent le rythme de la croissance, disposer d’un pôle logistique structuré est un avantage comparatif majeur.
Le défi reste celui de la célérité. Le sous-comité dispose de trois mois pour transformer ces intentions en mécanismes concrets. Si cette feuille de route est tenue, Garoua ne sera plus seulement un carrefour historique, mais le laboratoire d’une décentralisation économique réussie. Le fleuve Bénoué attend désormais que la rigueur des hommes s’aligne sur la puissance de son courant.
GAËL TSALA NKOLO




