À Garoua, l’Alliance Française brise l’omerta sur l’intime féminin

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Dans le cadre de la Quinzaine des Droits de la Femme, un atelier inédit s’est tenu ce mercredi 4 mars au cœur de la capitale régionale du Nord. Entre pédagogie médicale et déconstruction des tabous socioculturels, le Dr Ngapout Rainatou a convié un auditoire hétéroclite à une réappropriation du corps et de la santé sexuelle. Récit d’une émancipation par le savoir.

L’exiguïté de la salle de classe de l’Alliance Française de Garoua, mercredi dernier, ne relevait pas d’une erreur de logistique, mais témoignait plutôt d’une soif de comprendre longtemps contenue. Face à une soixantaine de participants — responsables associatifs, jeunes filles et hommes — les murs de l’institution ont vibré d’une parole rare dans une région où les pesanteurs culturelles et religieuses confinent souvent la sexualité au domaine du non-dit.

Une pédagogie du corps sans fard

C’est sous l’égide du Dr Ngapout Rainatou, médecin généraliste et figure de proue de la sensibilisation numérique (notamment sur TikTok), que le débat s’est ouvert. Dans une posture de pédagogue rigoureuse, l’experte a décliné, diapositives à l’appui, l’anatomie de l’intime, la planification familiale et la prophylaxie des IST.

L’enjeu ici dépasse la simple consultation médicale : il s’agit d’une véritable éducation à la citoyenneté corporelle. En évacuant les interdits de langage, le Dr Rainatou a rappelé l’existence d’un triptyque indissociable :

« La santé sexuelle influence directement la santé physique et mentale. Dans le Septentrion, c’est un sujet que l’on traite encore le visage masqué. Or, une femme qui ignore son corps est une femme vulnérable. »

Le droit au consentement : un levier de respect mutuel

Pour Hyacinthe Porcher, Directrice de l’Alliance Française de Garoua, cet atelier s’inscrit dans une programmation holistique à l’approche du 8 mars. L’objectif est clair : transformer la perception de la relation de couple.

Comprendre la biologie : Maîtriser le fonctionnement de l’appareil reproducteur.

Prévenir les risques : Encourager l’usage du préservatif et la contraception choisie.

Affirmer le droit : Rappeler que le consentement est le pilier de toute relation saine.

« La femme a le droit de dire non lorsqu’elle n’est pas consentante », a martelé la directrice, soulignant que cette éducation concerne au premier chef les hommes, dont la présence et l’engagement à diffuser ces savoirs ont été l’un des points forts de la rencontre.

Vers une parole libérée

Le témoignage de Ndjida Massah Sephora, participante, illustre le succès de cette initiative : « La femme a son mot à dire, elle ne doit pas se laisser aller. Ce que j’ai appris ici va changer mon futur et celui de mes proches ». Cette volonté de transmission est le signe que la barrière du silence s’effrite au profit d’une dignité retrouvée.

La Quinzaine ne s’arrête pas à cette joute oratoire. Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour ce vendredi avec la projection du documentaire Lumière des Femmes. À Garoua, la célébration des droits ne se limite plus aux pagnes et aux défilés ; elle s’ancre désormais dans la connaissance de soi et l’exigence de respect.

GAËL TSALA NKOLO