Alors que 20 % de la population africaine souffre encore de la faim, l’année 2026 marque un tournant historique. À Yaoundé, les acteurs de la chaîne agroalimentaire se mobilisent pour transformer la Déclaration de Kampala en réalités budgétaires. Entre innovation technologique portée par la jeunesse et exigence de redevabilité parlementaire, le Cameroun se positionne comme le laboratoire d’une souveraineté alimentaire retrouvée.

Le continent africain est à un tournant décisif dans son développement agricole. Avec l’entrée en vigueur de la Déclaration de Kampala sur le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), les pays membres, dont le Cameroun au côté d’autres pays tels que le Kenya,le Togo ,Madagascar , la Zambie et le Nigeria , s’engagent à intensifier leurs efforts pour relever les défis alimentaires et climatiques.
Face à l’insécurité alimentaire qui touche 20 % de la population africaine, cet engagement vise, pour 2035, une augmentation de 45 % de la production agroalimentaire, la réduction de moitié des pertes après récolte et la mobilisation de 100 milliards de dollars d’investissements.En ce début d’année 2026, la mise en vigueur de la Déclaration de Kampala sur le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) marque un tournant pour le continent.

Un front commun à Yaoundé
Pour transformer ces engagements en politiques concrètes, CARE Cameroun, la GIZ, l’AFSPAN, la Commission parlementaire de l’Agriculture et le Ministère camerounais de l’Agriculture et du Développement Rural organisent, du 11 au 13 mars 2026, un atelier stratégique national. L’objectif : instaurer un climat de confiance, valider le paysage de la sécurité nationale et renforcer l’engagement des Acteurs Non Étatiques (ANE) dans les politiques agroalimentaires.

La voix des acteurs du changement
Chikondi Chabvuta-Mkawa, présidente du CNG, souligne l’évolution du rôle des parties prenantes : « Les agriculteurs, les jeunes et les femmes occupent désormais le cœur des débats politiques, tandis que les réseaux parlementaires s’imposent comme des acteurs clés de la redevabilité et de l’inclusion. Ces histoires portent l’espoir et prouvent que l’Afrique peut mener sa propre transformation. »
Pour Mme Chabvuta-Mkawa, le succès dépend d’une mutation budgétaire réelle : « L’engagement a été pris : 10 % du budget doit être alloué à l’agriculture. Il s’agit maintenant de démontrer comment cet investissement soutient concrètement la stabilité et la résilience climatique. Le Cameroun possède un potentiel immense, fondé sur sa terre, mais l’action du gouvernement reste déterminante. L’année 2026 doit marquer la fin des simples intentions pour débuter une véritable mutation budgétaire. »

Vers une économie de transformation et une intégration régionale
Le modèle préconisé repose sur la création de valeur ajoutée pour sortir de l’économie de subsistance. « Nous devons viser l’ensemble de la chaîne de valeur. En ajoutant de la valeur aux produits bruts, nous passons d’une économie de subsistance à une économie de transformation, permettant de réduire la dette nationale tout en facilitant l’accès des producteurs aux intrants », explique-t-elle.
La question commerciale est tout aussi cruciale. « Comment garantir que le Cameroun échange efficacement avec ses voisins d’Afrique Centrale ? Cela nécessite des moyens de transport fluides pour acheminer les récoltes. Notre commerce continental doit assurer une production de haute qualité, capable de résister aux chocs climatiques », ajoute la présidente du CNG.

Jeunesse, technologie et durabilité
La Déclaration de Kampala place la jeunesse au centre des priorités. « Les jeunes excellent dans l’entrepreneuriat et l’adoption de technologies permettant de produire à grande échelle avec un effort optimisé. En soutenant cette dynamique, nous répondons au défi du chômage par l’innovation. La mécanisation devient une réalité, mais elle doit être raisonnée : mécaniser tout en préservant la santé des sols. Protéger nos terres et nos forêts est un impératif, car nous produisons pour les générations d’aujourd’hui, mais aussi pour celles de demain », conclut-elle.

Un nouveau paradigme pour le système alimentaire
Si par le passé les performances des pays africains en matière d’investissement public ont été inégales, la nouvelle approche privilégie une vision holistique. Désormais, le calcul budgétaire intègre le « système alimentaire » dans son ensemble — agriculture, santé, élevage, environnement, forêts et éducation — portant ainsi l’investissement réel bien au-delà du seuil des 10 %.
L’honorable Agho Oliver Bamenju, député camerounais et membre de l’AFSPaN, confirme ce changement de cap : les législateurs, autrefois simples observateurs, sont désormais des acteurs clés dans la transformation des engagements du PDDAA en politiques concrètes.
Face à une population en pleine croissance et aux impacts croissants du changement climatique, l’Afrique cherche à assurer sa sécurité alimentaire tout en préservant l’avenir de ses populations. Le PDDAA vise à transformer l’agriculture africaine en une activité plus productive, durable et résiliente.
Le Cameroun, avec ses potentialités agricoles importantes, joue un rôle clé dans cette initiative. Les autorités camerounaises multiplient les initiatives pour moderniser le secteur agricole, améliorer les rendements et promouvoir une agriculture durable.

Cependant, des défis persistent, notamment en matière d’accès aux financements, de développement des infrastructures rurales et de résilience face aux chocs climatiques. Le pays devra également composer avec les migrations climatiques qui poussent de nombreux jeunes à quitter les zones rurales.
La Déclaration de Kampala représente une opportunité pour le Cameroun de se positionner comme un acteur majeur de l’agriculture africaine, capable de nourrir sa population tout en protégeant l’environnement. Les prochaines années seront déterminantes pour mesurer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de cette ambitieuse feuille de route. La réussite de cette décennie 2026-2035 dépendra de la capacité des États à transformer ces engagements en réalités budgétaires et d’une redevabilité mutuelle sans complaisance.
GAËL TSALA NKOLO




