Cameroun : Le Sucre et les Aliments Ultra-Transformés, un Mal Silencieux qui Mine la Société – L’Urgence d’une Prise de Conscience Collective

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 Au cœur des préoccupations de santé publique, une initiative capitale a vu le jour hier, le 17 juillet 2025, marquant le premier jour d’une formation cruciale destinée aux Éducateurs de Santé pour la Promotion de Régimes Alimentaires Sains au Cameroun. Plus de 30 individus et organisations de la société civile, venus des dix régions du pays, se sont réunis pour ce qui s’annonce comme une pierre angulaire dans la lutte contre un mal profond et insidieux qui ronge la société camerounaise : l’adoption grandissante de régimes alimentaires malsains, dominés par les boissons sucrées et les aliments ultra-transformés.

Sous la houlette de Chenwi Claris, Coordinatrice du Projet, et de Ferdinant M. Sonyuy, Directeur du Projet, cette première journée a mis en lumière des problématiques complexes mais vitales. Les modules abordés ont balayé un spectre allant de l’analyse économique de la taxation des boissons sucrées et des aliments emballés malsains à l’examen du paysage politique entourant ces produits au Cameroun, en passant par l’évaluation des connaissances, attitudes et comportements initiaux concernant leur taxation. Chaque session, ponctuée de riches échanges et de questions-réponses, a souligné la pertinence de cette formation pour des éducateurs appelés à devenir les ambassadeurs d’un changement durable.

Le Diagnostic d’un Mal Profond : Quand l’Alimentation Devient une Menace

Ce n’est un secret pour personne : le Cameroun, comme de nombreux pays en développement, est confronté à une transition nutritionnelle rapide. Les habitudes alimentaires traditionnelles, souvent saines et équilibrées, cèdent progressivement la place à une consommation accrue de produits industriels, faciles d’accès mais souvent dénués de valeur nutritive et gorgés de sucres, de graisses saturées et de sel. C’est ici que se pose le diagnostic d’un mal profond : une épidémie silencieuse de maladies non transmissibles (MNT), telles que le diabète de type 2, l’obésité, les maladies cardiovasculaires et certains cancers, est en pleine expansion.

Le Professeur Dickson Ndamsa, dont l’intervention a été saluée, a martelé un message d’une importance capitale : « Élevons nos enfants correctement en les aidant à ne pas devenir dépendants des boissons sucrées (BS) et des produits ultra-transformés (PUT). » Cette déclaration résonne comme un cri d’alarme. L’addiction précoce à ces produits, souvent perçus comme des symboles de modernité ou des solutions de facilité face au rythme de vie effréné, hypothèque l’avenir sanitaire des jeunes générations. Les conséquences ne sont pas seulement sanitaires ; elles sont également économiques, pesant lourdement sur les systèmes de santé déjà sous tension, et sociales, affectant la productivité et la qualité de vie des citoyens.

L’Éducation et la Taxation : Les Piliers d’une Riposte Nécessaire

La formation des Éducateurs de Santé est une étape fondamentale dans la construction d’une riposte efficace. En dotant ces professionnels des outils nécessaires pour sensibiliser les communautés, comprendre les enjeux économiques de la taxation et naviguer dans le paysage politique, le Cameroun pose les bases d’une stratégie globale. La taxation des boissons sucrées et des aliments ultra-transformés, loin d’être une simple mesure fiscale, est un levier puissant pour décourager leur consommation excessive et générer des revenus pouvant être réinvestis dans la promotion de la santé.

Cependant, au-delà des mesures techniques, c’est une véritable prise de conscience collective qui est nécessaire. Il s’agit de repenser notre rapport à l’alimentation, de valoriser les produits locaux et frais, et de réapprendre les bases d’une cuisine saine et équilibrée. Les efforts doivent impliquer tous les acteurs : le Ministère de la Santé Publique (Minsanté), le Ministère des Finances, les organisations de la société civile comme la Campaign for Tobacco-Free Kids Cameroon, la Civil Society NCD Alliance, la NCD Alliance, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et toutes les initiatives locales telles que Rural Doctors, SOPISDEW Cameroon, Value Health Africa et CBC Health Services.

La première journée de formation des Éducateurs de Santé est un signal fort. Elle symbolise l’engagement d’une partie de la société camerounaise à affronter ce “mal profond”. Le chemin sera long et semé d’embûches, mais la détermination de ces éducateurs, qui se préparent à implémenter ces concepts sur le terrain, est le premier pas vers un Cameroun plus sain.