La signature, le 3 février 2026 à Malabo, de l’accord d’unitisation pour l’exploitation du champ gazier transfrontalier Yoyo/Yolanda marque un tournant moins par la technicité de l’acte que par la profondeur de sa portée stratégique. En parvenant à harmoniser leurs intérêts sur un gisement unique, le Cameroun et la Guinée Équatoriale dépassent la simple gestion de voisinage pour poser les jalons d’un modèle économique intégré au sein de la zone CEMAC.

Ce dénouement est le fruit d’une méthode où la rigueur juridique a primé sur l’immédiateté politique. Le dépôt, en janvier 2025, des instruments de ratification auprès des Nations Unies par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) a constitué le verrou de sécurité indispensable. Dans un secteur extractif souvent marqué par l’aléa contractuel, cette sacralisation par le droit international a offert à l’opérateur Chevron la visibilité nécessaire pour engager des capitaux d’envergure.

Sur le plan opérationnel, l’intelligence de cet accord réside dans la rationalisation des infrastructures. En choisissant de traiter le gaz camerounais au sein du complexe équatoguinéen de Punta Europa, les deux États font l’économie de doublons industriels coûteux. Cette mutualisation des actifs — de la collecte à la liquéfaction — garantit une réduction des dépenses d’investissement et opérationnelles, assurant ainsi une compétitivité accrue du gaz sous-régional sur les marchés mondiaux, de l’Europe à l’Asie.
Toutefois, la pertinence de ce projet se mesurera à sa capacité à irriguer l’économie réelle. L’expansion simultanée de Tradex en terre équatoguinéenne illustre une volonté de ne pas cantonner la coopération à l’extraction offshore. Pour que Yoyo/Yolanda soit un succès historique, il devra remplir une triple promesse : celle du Gas-to-Power pour stabiliser le réseau électrique industriel, celle d’un contenu local exigeant pour certifier une jeunesse aux standards internationaux, et celle d’un transfert de compétences effectif.

Au-delà de la rente gazière, c’est un laboratoire de souveraineté énergétique qui s’ouvre. Si la géologie a uni ces deux nations, c’est désormais une vision commune de la transformation structurelle qui doit transformer cette ressource en un levier de prospérité durable.
La signature de cet Accord illustre une coopération sud-sud exemplaire et ouvre la voie à une gestion efficace des ressources naturelles partagées par le Cameroun et la Guinée Équatoriale. Rappelons que cette cérémonie intervient après une dizaine d’années de négociations et surtout est le prolongement de la signature à Yaoundé en mars 2023 de l’Accord bilatéral de coopération par les Présidents Paul BIYA et Theodoro OBIANG NGUEMA MBASOGO.
GAËL TSALA NKOLO




