Au-delà d’une simple commémoration calendaire, la Journée mondiale du lavage des mains a été érigée, le 16 octobre 2025, en un laboratoire didactique d’urgence sanitaire dans l’arrondissement de Demsa, département de la Bénoué. Faisant suite à une première étape à Garoua la veille, l’École publique de Gashiga a servi de théâtre à une opération de sensibilisation menée par la Délégation départementale du ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) du Nord, transformant l’espace scolaire en un véritable centre de plaidoyer pour l’assainissement.

L’Impératif Hygiénique Érigé en Science Appliquée
L’événement s’est singularisé par son approche résolument pratique et quasi-scientifique. L’objectif n’était pas seulement d’évoquer l’hygiène, mais de l’enseigner avec rigueur technique. Des experts ont procédé à des démonstrations méthodiques, détaillant les étapes essentielles du lavage des mains – un geste simple, mais trop souvent mal exécuté. L’accent a été mis sur l’utilisation critique d’eau propre coulante et de savon.

Dans une région où la qualité de l’eau est un enjeu constant, la délégation a intégré une dimension de métrologie et de potabilisation. Les élèves ont assisté à des tests de qualité de l’eau révélant un pH de 6,8 et une teneur en chlore résiduel inférieure au seuil optimal (<0,1 mg/litre), soulignant l’importance de la vigilance. Plus didactique encore, la présentation de techniques de potabilisation in situ, montrant qu’un seul comprimé peut assainir dix litres d’eau, a offert une solution concrète face aux défis de l’accès à l’eau potable.
Cette immersion didactique a trouvé un écho immédiat auprès des élèves, dont l’enthousiasme à reproduire les gestes appris témoignait de l’efficacité de la pédagogie par l’exemple. La distribution subséquente de kits d’hygiène et de savons a matérialisé cet engagement, allant au-delà de la simple sensibilisation pour ancrer l’habitude.

L’Enfant, Vecteur et Ambassadeur du Changement
Le choix de l’École publique de Gashiga, concentrant plusieurs groupes scolaires, n’est pas fortuit. Il répond à une stratégie de démultiplication de l’impact. Le directeur de l’école a rappelé la vulnérabilité intrinsèque des enfants : « Les enfants touchent tout, jouent partout, se traînent au sol et mangent ensuite. Cette journée leur rappelle qu’avec des mains sales, on attrape des maladies. » L’école est ainsi ciblée comme l’épicentre d’un changement de comportement qui doit irradier jusqu’au foyer.

Cette vision est au cœur de l’ambition du MINEE de pérenniser l’action au-delà de cette unique journée. L’institution souhaite mettre sur pied des « Clubs eau, énergie et assainissement » dans tous les établissements. Selon un enseignant : « Quand ce sont les enfants qui portent le message, il passe mieux. » Cette approche consacre l’élève en tant qu’ambassadeur de santé publique, transformant la cour de récréation en incubateur de bonnes pratiques.
L’initiative, menée en partenariat avec l’UNICEF dans le cadre du programme WASH (eau, assainissement et hygiène), s’inscrit dans une logique de lutte contre l’urgence sanitaire. La délégation a rappelé l’urgence face à la menace de maladies hydriques (choléra, dysenteries) et d’infections respiratoires, y compris la Covid-19, pour lesquelles le lavage des mains constitue un rempart de première ligne.

Plaidoyer pour la Vie : Un Avenir en Santé
Abakachi Abicho, Délégué départemental du MINEE pour le Nord, a articulé la portée de l’événement en s’appuyant sur le thème de la journée : « Des Mains propres, un avenir en Santé ». Pour lui, ce geste simple est « l’un des plus simples et des plus puissants pour sauver des vies » dans un contexte de défis sanitaires croissants.
Face aux enjeux d’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans la Bénoué, le Délégué a affirmé une ligne directrice claire : « Nous affirmons aujourd’hui que la prévention commence par l’éducation, et l’éducation commence par l’exemple. » La stratégie est donc d’aller « au plus près des populations, dans les écoles, dans les quartiers » pour transformer chaque enfant et chaque commerçant en relais de santé publique.

De son côté, Monsieur Hassana, Inspecteur d’arrondissement de l’éducation de base de Demsa, a exprimé une vive satisfaction, saluant la distribution de kits sanitaires qui permettront aux élèves de « combattre les maladies diarrhéiques et les infections intestinales ». Cette synergie entre les ministères de l’Énergie et de l’Éducation souligne une prise de conscience institutionnelle : l’hygiène n’est pas seulement une question de santé publique, mais un préalable à l’éducation et au développement.
Le message, parti de Garoua, aspire à irriguer, à travers l’engagement de ces jeunes ambassadeurs, toute la région du Nord, faisant de l’éducation à l’hygiène une pierre angulaire du bien-être et de la santé des communautés camerounaises.
GAËL TSALA NKOLO




