Éditorial : Le Prophétisme Social, Nouveau Visage de l’Église-Famille

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Dans le sillage du discours du Cardinal Ambongo à N’Djamena, une évidence s’impose : l’Église en Afrique centrale ne peut plus se cantonner à une gestion purement sacramentelle de ses fidèles. Si l’image de la « Famille de Dieu » a permis, durant trois décennies, de consolider l’identité chrétienne, elle doit désormais muer en une force de proposition et de contestation éthique face aux dérives de la cité.

La fin du silence prudent

L’engagement « prophétique » réclamé par le président du SCEAM marque une rupture avec une certaine culture de la prudence diplomatique. Être prophète, dans le contexte de l’ACERAC, signifie nommer le mal là où il se trouve : dans la corruption qui siphonne les ressources publiques, dans l’instrumentalisation des identités ethniques et dans l’indifférence face aux déplacés de guerre.

Cet engagement repose sur une structure clé : les Commissions Justice et Paix. Souvent perçues comme des organes techniques, le Cardinal appelle à en faire le fer de lance d’une éducation civique de masse. L’objectif est clair : transformer le fidèle en citoyen conscient, capable d’exiger des comptes sans basculer dans la violence.

L’écologie intégrale comme terrain de lutte

L’un des points les plus saillants de cette nouvelle orientation est la prise en compte du « stress écologique ». En Afrique centrale, la question des ressources naturelles (pétrole, mines, bois) est indissociable de celle de la justice sociale. En liant la sauvegarde de la Création à la dignité humaine, l’Église se positionne sur un terrain hautement politique. Elle dénonce une économie de l’extraction qui enrichit quelques-uns tout en marginalisant les communautés locales.

Un leadership de la réconciliation

Le défi de ce prophétisme est d’éviter le piège de la polarisation. En tant que « Famille », l’Église doit rester un espace de médiation. C’est ici que réside la complexité de sa mission : critiquer les systèmes de domination tout en restant l’ultime refuge où le dialogue demeure possible.

Le Cardinal Ambongo l’a rappelé : la crédibilité de ce message prophétique dépendra de l’exemplarité interne de l’Église. Pour interpeller les États sur la gouvernance, l’institution ecclésiale se doit d’être, elle-même, un modèle de transparence et de justice.

GAËL TSALA NKOLO