Élection Presidentielle 2025 : À Tcheboa, le RDPC Métamorphose son Bastion en « Laboratoire du Plébiscite »

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À moins d’une semaine de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, la campagne camerounaise a franchi un seuil stratégique. Le temps des mégas meetings spectaculaires cède la place à une ingénierie politique plus discrète, mais chirurgicale : le micro-ciblage territorial. Le parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), offre un cas d’école dans l’arrondissement de Tcheboa, département de la Bénoué, transformant une traditionnelle démonstration de force en une « Campagne de Proximité » à la méthodologie implacable.

L’Opération de Ratissage : Ancrage Politique et Autorité Traditionnelle


Le 6 octobre, sous l’impulsion du Maire de Ngong et Président de la commission communale de campagne, Hamadou Ahiwa, le RDPC a méthodiquement quadrillé les localités de Mapto, Doukagaïnako et Koubadjé. Loin d’être une simple formalité, cette tournée s’est muée en une véritable « Opération de Ratissage Politico-Traditionnel ».

La présence de figures clés telles que la Sénatrice Didjatou Oumarou et le représentant du Lamido de Tcheboa, Yerima Atikou, est centrale. Dans l’espace septentrional, l’aval des chefferies traditionnelles n’est pas un simple soutien, mais la pierre angulaire de la légitimité populaire. Cet alignement d’élites garantit que la fidélité historique du Nord soit solidement réaffirmée.

L’objectif est double : d’une part, servir de chambre d’écho à la « commande sociale » – les doléances d’infrastructures – avec la promesse classique de la « poursuite des efforts » de l’État. D’autre part, afficher une cohésion implacable à destination de l’appareil central du parti et, plus subtilement, adresser un signal de monopole territorial à toute opposition éventuelle. La forte mobilisation populaire devient ainsi une preuve de loyauté non négociable.

Ndjola : Le Fief Historique, Laboratoire de la Performance


L’étape de la sous-section RDPC de Ndjola est le cœur analytique de cette manœuvre. Qualifié de “fief historique”, Ndjola n’est pas seulement un lieu de ralliement, mais un laboratoire de la performance électorale pour le parti du flambeau.

Le représentant de la sous-section, Sadou Abdoulaye, a ouvertement rappelé les scores « stratosphériques » de 2018 (96,11 % à Ndjola Centre), fixant la barre à un niveau jamais atteint. L’ambition déclarée n’est plus la simple majorité, mais le « plébiscite écrasant ». Cette rhétorique vise à institutionnaliser la victoire avant le scrutin, projetant une prépondérance hégémonique. L’injonction aux militants de « ne pas venir et de dormir tranquille » est une assurance politique visant à neutraliser l’incertitude et à cimenter le sentiment d’une victoire inéluctable.

Du Militantisme de Papier au Vote Effectif : Logistique et « Devoir Accomplie »


La matérialisation de ce plébiscite repose sur une méthodologie de mobilisation rigoureuse qui combine l’affectif et le logistique. Le salut se trouve dans la gestion du fichier électoral. L’accent est mis sur la « carte d’électeur », désignée comme « l’arme fondamentale du militant ». La victoire se jouera moins dans la popularité de façade que dans la capacité logistique à transformer l’adhésion en vote effectif.

Pour neutraliser l’abstention, le talon d’Achille des partis hégémoniques, le déploiement du Porte-à-Porte et l’engagement des vingt-deux Diaouros (responsables de quartier) visent le micro-ciblage. Il s’agit d’une stratégie active pour garantir que le taux de participation ne vienne pas démentir l’hégémonie de l’adhésion.

À Ndjola, la fidélité politique est articulée autour d’une rationalité de la reconnaissance pour les « Acquis du Renouveau ». Écoles, centres de santé, électrification : la liste d’infrastructures constitue le capital politique tangible du RDPC. Pour cette base, le vote est conceptualisé non comme un acte d’espérance, mais comme un « Devoir Accomplie avec Militantisme » – l’expression d’un quid pro quo communautaire face aux investissements de l’État.

La Campagne de Proximité à Tcheboa est un cas d’étude éclairant de gestion électorale. En superposant l’affectio politica historique du septentrion aux méthodes de mobilisation modernes et logistiques, le RDPC vise à transformer un bastion politique en une réserve de voix inconditionnelle. Le 12 octobre 2025 à Ndjola ne sera pas seulement une élection, mais une réaffirmation de la souveraineté électorale du parti dans la région.

GAËL TSALA NKOLO