Énergie : Le Triumvirat de la SOCADEL face au défi de la souveraineté

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L’acte de naissance de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), paraphé le 4 mai 2026, marque la fin d’une ère et le début d’un chantier de restauration nationale. En installant ce mardi Antoine Ntsimi, Oumarou Hamadjoda et Jean Basile Ekobena, l’État ne se contente pas d’un remaniement de façade ; il engage sa crédibilité sur le terrain brûlant de la transition énergétique.

Le décor était celui des grands jours à l’Hôtel Hilton de Yaoundé. Sous la présidence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, la session inaugurale du Conseil d’administration a scellé le destin opérationnel de la SOCADEL. Cette nouvelle entité, à capitaux exclusivement publics, hérite d’un secteur où les attentes des citoyens n’ont d’égal que l’obsolescence des infrastructures.

L’expérience politique au sommet

Le choix d’Antoine Ntsimi pour présider le Conseil d’administration répond à une logique de poids lourd institutionnel. À 72 ans, cet économiste, ancien ministre des Finances et figure de proue de la CEMAC, apporte une stature de banquier rompu aux arbitrages complexes. Sa mission dépasse la simple supervision : il s’agit d’assainir un passif financier évalué à 600 milliards de FCFA et de piloter la stratégie de renationalisation avec une poigne de fer. Sa réputation de rigueur est ici convoquée pour stabiliser un navire budgétaire longtemps chancelant.

La caution scientifique à la manœuvre

À la Direction Générale, le profil d’Oumarou Hamadjoda incarne la synthèse entre le savoir académique et l’expérience de terrain. Professeur titulaire et ingénieur formé aux écoles de la rigueur scientifique internationale, il n’est pas un nouveau venu dans le secteur. Son passage prolongé au sein de l’ancienne structure (Eneo) lui confère une connaissance intime du réseau. Secondé par Jean Basile Ekobena, expert de la régulation, ce binôme technique devra transformer l’ambition politique en réalité domestique : celle d’une électricité stable, accessible et équitablement répartie.

Une feuille de route sans concessions

Les injonctions de la tutelle technique sont sans équivoque. Au-delà des 43,9 milliards de FCFA de capital social, la SOCADEL doit urgemment :

Restaurer l’équilibre financier par une gestion orthodoxe des ressources.

Reconstruire la confiance auprès des usagers, échaudés par des années de délestages chroniques.

Moderniser les services, notamment via la généralisation des compteurs intelligents, pour endiguer la fraude et optimiser le recouvrement.

L’impératif de résultat

Le remplacement d’Eneo par la SOCADEL n’est pas qu’une substitution de sigles. C’est l’affirmation d’une doctrine : la reprise en main souveraine des secteurs stratégiques. Cependant, cette nationalisation ne trouvera sa légitimité qu’à travers le rétablissement durable du service public.

L’opinion, souvent prompte à la critique constructive ou au scepticisme, scrutera chaque mégawatt produit. Le nouveau top management n’a pas droit à une longue période de grâce. Le temps est désormais à la “méthode” — celle du résultat immédiat et de la transparence — pour que l’électricité cesse d’être un luxe intermittent pour redevenir le moteur du développement camerounais.

L’histoire retiendra que le 5 mai 2026, le Cameroun a fait le pari de ses propres fils pour sortir le pays de l’obscurité. Un pari audacieux, dont la réussite se mesurera à l’éclairage constant des ménages et des industries.

GAËL TSALA NKOLO