Garoua : Le rire comme boussole d’une Afrique en mouvement

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Alors que les lampions s’éteignent sur les scènes de cette deuxième édition, un constat s’impose avec la force de l’évidence : Garoua vient de franchir un palier décisif dans son affirmation culturelle. Ce qui aurait pu n’être qu’une parenthèse festive s’est mué en un acte politique et social majeur, redéfinissant les contours de l’intégration régionale par le prisme de l’humour.

La présence de Michel Gohou et de l’Ambassadeur Agalawal aux côtés de Petit Gougou ne relève pas du simple prestige. Elle symbolise une transmission intergénérationnelle et géographique, nécessaire à la structuration d’une industrie du spectacle africain encore trop souvent centralisée dans les métropoles côtières. En déportant le centre de gravité de l’humour vers le septentrion camerounais, le festival « Les Scènes de Gougou » opère une décentralisation salutaire, prouvant que le talent et l’audience ne connaissent pas de frontières administratives.

L’enjeu de cette édition résidait dans l’équilibre entre le divertissement de masse et la rigueur académique des ateliers. Ce pari est gagné. En associant la réflexion — à travers les conférences et les formations — à la performance pure, l’événement a su éviter l’écueil du spectaculaire éphémère. Il a posé des jalons pour une économie de la culture locale, où le rire devient un produit d’exportation, un vecteur de cohésion entre les peuples de la zone CEMAC et de l’Afrique de l’Ouest.

La réussite de ce festival est aussi celle d’une résilience. Dans un contexte continental où les crises occultent parfois les dynamiques de création, Garoua a choisi de répondre par l’esprit. Le pont jeté entre la Côte d’Ivoire, le Tchad, la RCA et le Cameroun n’est plus une vue de l’esprit, mais une réalité scénique palpable.

Il appartient désormais aux pouvoirs publics et aux partenaires privés de consolider cet acquis. Car si le rire est une thérapie, il est aussi, nous l’avons vu ces derniers jours, un puissant moteur de développement. Garoua a montré la voie : celle d’une Afrique qui rit d’elle-même pour mieux se construire, avec lucidité, élégance et une indéniable maturité.

GAËL TSALA NKOLO