Intégrité du Trésor Public : Un Impératif Stratégique pour un Cameroun Prospère

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Le Cameroun perd chaque année plus de 8,5 % de son PIB en flux financiers illicites (FFI). Ce chiffre alarmant révèle l’urgence d’une réforme profonde du Trésor public pour renforcer la transparence, la redevabilité et l’inclusion dans la gestion des ressources publiques. Une table ronde nationale organisée en amont du Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) 2025 a permis de dresser un diagnostic lucide et de formuler des recommandations concrètes pour une gouvernance budgétaire plus juste.

Un diagnostic clair : corruption, centralisation et inégalités persistantes

Les discussions, réunissant parlementaires, société civile et experts du CRADEC, ont mis en lumière trois défis principaux :

              •            Une perte massive de richesses à cause des flux financiers illicites (évasion fiscale, corruption, surfacturation…).

              •            Une centralisation excessive du Trésor public, qui limite la réactivité des politiques publiques.

              •            Une sous-représentation des femmes et des groupes vulnérables dans les priorités budgétaires, malgré leur rôle majeur dans l’économie informelle.

Comme l’a souligné le Directeur exécutif du CRADEC, “l’intégrité du Trésor public est désormais un impératif stratégique pour le Cameroun”, non seulement pour sa stabilité économique, mais aussi pour garantir les droits économiques, sociaux et politiques des citoyens.

Des solutions claires pour une gouvernance responsable

Parmi les axes d’intervention recommandés :

              1.           Traquer les FFI grâce à des audits systématiques, des sanctions adaptées et une coopération régionale renforcée.

              2.           Instaurer des mécanismes de contrôle citoyen et renforcer les institutions d’audit indépendantes.

              3.           Budgétiser avec une approche genre afin que les politiques publiques tiennent compte des réalités vécues par les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés.

              4.           Renforcer la transparence budgétaire via des plateformes ouvertes, des débats publics et une meilleure accessibilité des données financières.

Un appui parlementaire déterminant

L’un des moments clés de la rencontre a été la prise d’engagement par les parlementaires du Caucus APNIFFT, qui ont promis d’intégrer les recommandations issues de la table ronde dans les débats du DOB 2025. Ils ont adopté un document d’orientation budgétaire, construit autour de quatre piliers :

              •            Justice fiscale et équité

              •            Intégrité du Trésor public

              •            Budgétisation sensible au genre

              •            Lutte contre les FFI

Cet engagement marque un tournant dans la volonté politique d’agir pour une gestion équitable et durable des finances publiques, en ligne avec les Objectifs de Développement Durable (ODD).

Une dynamique portée par la société civile

Ce processus participatif, soutenu par le CRADEC, le Tax Justice Network Africa (TJNA) et le partenaire technique NORAD, est salué comme une réussite collective. Il démontre qu’il est possible d’aligner les priorités budgétaires sur les besoins réels des citoyens, en plaçant la transparence et l’équité au centre de l’action publique.

L’initiative se positionne comme un modèle régional, capable d’inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes défis. Le Cameroun, en transformant ces recommandations en politiques concrètes, peut devenir un leader africain en matière de justice fiscale.

La société civile appelle à la vigilance et à la mobilisation continue de toutes les parties prenantes – citoyens, OSC, médias, institutions – pour suivre l’application de ces engagements et garantir une réelle transformation du système budgétaire.