En marge de la 14ᵉ Journée Africaine de la Décentralisation, nous avons rencontré Monsieur Salman Abdel Aziz, le Chef d’agence Régional du FEICOM pour le Nord. Dans un entretien à bâtons rompus, il nous dévoile la stratégie, les réalisations et la vision de cette institution cinquantenaire qui est au cœur de la transformation des territoires. Une discussion éclairante sur l’impact concret du développement local dans la région.

Bonjour Monsieur le Chef d’agence. Le FEICOM est souvent qualifié de «bras séculier de l’État» en matière de développement. Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce que cela signifie ?
Salman Abdel Aziz : Bonjour. Cette expression résume parfaitement notre ADN. La mission du FEICOM est d’essence constitutionnelle. L’article 55 de la Constitution stipule que l’État veille au développement harmonieux de toutes les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Le FEICOM, qui a célébré ses 50 ans d’existence en 2024, est l’organisme qui traduit cette volonté en actions concrètes. Nous agissons sur la base de la solidarité nationale et de l’équilibre interrégional pour financer les projets des communes et leur apporter une assistance technique totalement gratuite. Nous sommes donc le principal levier de l’État pour accompagner les maires dans la construction d’infrastructures résilientes et durables.
CEPENDANT, NOUS N’ACCOMPAGNONS PAS QUE LES COMMUNES MAIS LES CTD PRIS DANS LEUR GLOBALITE (COMMUNE + REGION).
Vous parlez d’infrastructures. Justement, en parcourant la région du Nord, quels sont les changements les plus perceptibles que l’on doit à l’intervention du FEICOM ?

Salman Abdel Aziz : Les transformations sont véritablement perceptibles pour quiconque parcourt nos territoires. Chaque année, des réalisations majeures voient le jour. Pour être plus précis, notre impact dans le Nord est visible dans plusieurs secteurs clés :
Les Hôtels de Ville : Nous avons financé la construction ou la réhabilitation de la quasi-totalité des hôtels de ville de la région, à l’exception de Bibemi. Cela offre aux élus et à l’administration un cadre de travail adapté.
L’Accès à l’Eau Potable : C’est une véritable révolution. Nous avons cessé de financer les simples forages à pompe humaine au profit de mini-réseaux d’adduction en eau potable. Ces systèmes, avec forage, château d’eau et réseau de distribution fonctionnant à l’énergie solaire, apportent une solution durable à ce problème vital.
Les Marchés et Équipements : Pour dynamiser les économies locales, nous avons financé des marchés modernes, comme celui de viande à Tcholiré, ainsi que de nombreuses boutiques dans plusieurs communes.
Vous avez également mentionné un concept innovant, «l’École de Rêves». De quoi s’agit-il et pourquoi est-ce si important pour le FEICOM ?

Salman Abdel Aziz : C’est une véritable identité pour nous. «L’École de Rêves» est un concept architectural que nous avons développé en interne pour la construction des infrastructures scolaires. Au lieu de plans standards, nous concevons des écoles adaptées au contexte local et, surtout, sur la base des aspirations des élèves. C’est une approche qui met l’enfant au centre du projet éducatif. En sillonnant la région du Nord aujourd’hui, vous remarquerez la prolifération de ces écoles qui sont le symbole de notre engagement pour une éducation de qualité.
Financer c’est bien, mais comment vous assurez-vous que ces projets, parfois très coûteux, sont pertinents et durables ?
Salman Abdel Aziz : C’est le cœur de notre méthode et la clé de notre succès. La durabilité repose sur un principe non négociable : la participation citoyenne. Aucun projet n’est réalisé ex nihilo (sans s’appuyer sur quoi que ce soit) .
La demande de financement, issue des documents de planification de la commune, doit obligatoirement contenir la preuve de cette participation. C’est un critère déterminant dans la sélection des dossiers.
Avant tout financement, nous menons une «étude d’opportunité» sur le terrain pour nous assurer que le projet répond à un besoin réel. C’est cette démarche qui garantit la pertinence, la durabilité et, surtout, l’appropriation des ouvrages par les populations. Quand les populations s’approprient un projet, elles en assurent la maintenance. C’est pour cela que des infrastructures que nous avons financées il y a 15 ou 20 ans sont toujours en parfait état de fonctionnement.
Le FEICOM semble également jouer un rôle de catalyseur en mobilisant d’autres partenaires. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Salman Abdel Aziz : Absolument. Nous ne travaillons pas en vase clos. Nous renforçons notre impact grâce à des partenariats stratégiques. Par exemple, avec le concours de l’Union Européenne et du Crédit Foncier du Cameroun, nous menons le programme de construction de cités municipales à Figuil, Guider, Lagdo, Bibemi, et Poli. Nous déployons également un programme nutrition à Touboro, Bachéo et Garoua 2ème pour construire des cantines scolaires et promouvoir la santé des élèves. Ces synergies sont essentielles pour décupler les résultats sur le terrain.
Pour conclure, quel message souhaitiez-vous faire passer lors de cette Journée Africaine de la Décentralisation ?

Salman Abdel Aziz : Le message était simple : mieux édifier le grand public sur notre rôle. Nos clients directs sont les collectivités, mais notre vision, notre finalité, c’est d’améliorer les conditions de vie des populations. À travers notre stand, nous avons montré en images aux habitants de Garoua ce qui se fait à Tchamba, à Touboro ou à Maddingring. Chaque projet, qu’il s’agisse d’un hôtel de ville, d’une école ou d’un point d’eau, vise à atteindre cet idéal. Nous considérons les CTD comme des clients et notre ambition est de les satisfaire durablement pour le bien-être de tous.
En traitant les communes et les régions comme des « clients » dont l’ambition est de « satisfaire durablement », le FEICOM, sous l’impulsion de ses responsables de terrain comme Salman Abdel Aziz, confirme son statut de partenaire indispensable. Il n’est pas seulement un financeur, mais un véritable architecte du développement local, qui bâtit, pierre par pierre, le Cameroun décentralisé de demain.
GAËL TSALA NKOLO




