LA CAF SOUS L’ÈRE MOTSEPE : L’ALCHIMIE DU SOUPÇON ET L’ILLUSION DU RENOUVEAU

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De l’ombre de Zurich aux pelouses de la CAN 2025, le football africain a-t-il troqué ses vieux démons pour une corruption plus invisible mais tout aussi dévastatrice ? Sous l’ère Motsepe, l’influence grandissante de Rabat et les désignations arbitrales suspectes dessinent le portrait d’une institution sous influence. Entre silence coupable des instances et sentiment d’injustice généralisé des nations « sacrifiées », plongée dans les rouages d’une machine fédérale qui semble avoir vendu son âme au plus offrant.

Lorsque Patrice Motsepe accède au trône de la Confédération Africaine de Football (CAF) en mars 2021, le narratif est celui d’une rédemption. Le magnat sud-africain, drapé dans une stature de technocrate providentiel, promettait d’exorciser les démons de l’ère Ahmad Ahmad. « Intégrité, transparence, professionnalisme » : le triptyque sonnait comme un exorcisme. Quatre ans plus tard, l’appareil de gouvernance s’est certes paré de dorures institutionnelles, mais le moteur interne semble grippé par une corruption métastasée. Derrière la cosmétique financière, le football continental s’enfonce dans une ère de « corruption structurelle », où l’arbitrage et la géopolitique de couloir ont remplacé la mallette de billets.

Une souveraineté sous séquestre

L’acte de naissance de la présidence Motsepe portait déjà les stigmates d’une ingérence exogène. Le fameux « accord de Rabat », orchestré sous les lambris du pouvoir marocain par Gianni Infantino, a instauré une présidence de consensus forcé. En neutralisant toute opposition par la distribution de vice-présidences, la FIFA a de facto placé la CAF sous une tutelle de velours.

Cette opacité s’est cristallisée en 2024 autour du cas de Veron Mosengo-Omba. Le silence sépulcral entourant les enquêtes internes visant le Secrétaire général, proche parmi les proches de Zurich, témoigne d’une culture de l’omerta. Lorsque la justice interne devient une chambre d’écho du pouvoir, c’est l’idée même de réforme qui s’effondre.

Du « Protocole COVID » à la chirurgie arbitrale

La CAN 2021 au Cameroun restera le laboratoire d’une nouvelle forme de coercition : l’arme sanitaire. L’épisode tragicomique des Comores, contraintes d’aligner un joueur de champ dans les buts malgré un test négatif de leur gardien titulaire, a révélé une administration capable de tordre ses propres règlements pour lisser le parcours des puissants.

Ce cynisme a trouvé un prolongement technologique lors de l’édition ivoirienne en 2023. Si la ferveur populaire a masqué les scories, le cri du cœur de Krépin Diatta — « Vous êtes corrompus ! » — a agi comme un révélateur. L’usage asymétrique de la VAR, cette « vidéo-assistance à géométrie variable », semble désormais calibrée pour sécuriser les investissements politiques des pays hôtes, transformant l’équité sportive en une variable d’ajustement.

CAN 2025 : L’hégémonie de Rabat et le crépuscule de l’équité

Le tournant de 2025 marque l’apogée d’une influence marocaine jugée hégémonique par de nombreux observateurs. Le quart de finale contre le Cameroun restera, à cet égard, un cas d’école de diplomatie sportive agressive.

Le saviez-vous ? La désignation de l’arbitre mauritanien Dahane Beida, en remplacement de l’Égyptien Amin Omar suite aux pressions de la FRMF, illustre la porosité totale entre les désidératas des fédérations influentes et la Commission d’arbitrage de la CAF.

Le maintien quasi-systématique de René Daniel Louzaya à la VAR pour les rencontres du Maroc (cinq apparitions consécutives) constitue une hérésie méthodologique. En ignorant les principes de rotation de la FIFA, la CAF alimente le soupçon d’une collusion organique entre Fouzi Lekjaa et l’appareil arbitral, au grand dam de Samuel Eto’o, dont l’influence au sein du Comité Exécutif semble s’étioler face au bloc maghrébin.

Synthèse des dérives de la gouvernance (2021-2025)

ÉvénementVecteur d’irrégularitéVictime collatéraleImpact institutionnel
CAN 2021Instrumentation des protocoles COVIDComoresPerte de crédibilité éthique
CAN 2023Utilisation asymétrique de la VARSénégalRupture du pacte de neutralité
Gestion CAFOpacité des enquêtes internesIntégrité du jeuPrésomption de corruption systémique
CAN 2025Géopolitique de la désignation arbitraleCameroun / MarocRisque de scission diplomatique

La mort de l’incertitude glorieuse

Le football africain ne souffre plus d’un manque de moyens, mais d’une famine d’éthique. Sous Patrice Motsepe, la corruption a mué : elle n’est plus artisanale (la mallette), elle est administrative (le règlement). En vendant son âme pour une stabilité financière de façade, la CAF a transformé ses compétitions en simulacres où le vainqueur semble parfois pré-désigné dans les officines de Rabat ou de Johannesburg.

Si une commission d’enquête internationale et indépendante n’est pas diligentée pour auditer la Commission d’arbitrage, le football continental risque l’implosion. Car si le score final appartient au terrain, la légitimité, elle, appartient à la règle. Et aujourd’hui, la règle hurle son absence.

CAF President Patrice Motsepe during the 2025 Africa Cup of Nations match between Egypt and South Africa at Adrar Stadium in Agadir, Morocco on 26 December 2025 ©Alche Greeff/BackpagePix

L’histoire retiendra-t-elle Patrice Motsepe comme le réformateur financier ou comme le président sous lequel l’âme du football africain a été vendue aux plus offrants ? La réponse se trouve dans l’urgence d’une réforme de la Commission d’arbitrage et une transparence totale sur les processus de désignation.

GAËL TSALA NKOLO