Réunie en Assemblée Générale à Garoua, la Mission Benoué-Faro (MBF) engage une transformation structurelle décisive sous l’impulsion de son nouveau président, le Pasteur Issa Babba. Entre l’exigence d’une souveraineté financière portée par un budget de 101 millions de francs CFA et l’ambition d’accéder au statut de Fédération, l’institution adventiste place désormais l’efficacité administrative et l’implication de sa jeunesse au cœur de son projet. Cette nouvelle gouvernance, validée par les autorités civiles et traditionnelles, marque le passage d’une communauté de dévotion à un acteur majeur du développement social et infrastructurel dans le Nord-Cameroun.

L’histoire des institutions religieuses est ponctuée de moments de bascule où la vision prophétique doit impérativement s’incarner dans une structure administrative robuste. La tenue de la 3ème Assemblée Générale constitutive à Garoua, couronnant des travaux initiés à Ngaoundéré, illustre cette volonté de “mue historique”. En portant le Pasteur Issa Babba à la présidence, flanqué de Walko Abraham et Zazou Philipp, la communauté adventiste fait le choix d’un leadership confronté à un impératif de résultats.

Le défi de la souveraineté financière
L’annonce d’un budget de 101 millions de francs CFA pour l’exercice à venir n’est pas qu’un chiffre : c’est une déclaration d’intention. Pour une structure dont les finances « battent de l’aile », selon l’aveu lucide du nouveau président, le défi est double. Il s’agit de mobiliser une ressource humaine locale souvent sous-exploitée et de transformer la « foi » en levier de réalisation infrastructurelle.
Le Pasteur Issa Babba ne s’y trompe pas : l’absence d’infrastructures sanitaires et éducatives propres à la Mission constitue un goulot d’étranglement pour son rayonnement. L’évangélisation moderne est une entreprise holistique ; elle nécessite des écoles et des hôpitaux pour donner corps au message spirituel. Ici, le pragmatisme l’emporte sur le dogmatisme.

Vers le statut de Fédération : L’autonomie comme horizon
L’intervention du Dr Richard Hendjenat, Président de l’Union Mission Nord-Est Cameroun, a tracé une perspective capitale : l’accession au statut de Fédération. Ce glissement sémantique et administratif signifie la fin d’une forme de tutelle et l’avènement d’une pleine autonomie de gestion. Mais cette liberté a un prix : une croissance visible excédant les 100 %.
La recommandation est claire : la Mission Benoué-Faro doit cesser d’être un champ de mission assisté pour devenir un pôle de production spirituelle et sociale. Cela passe par une “professionnalisation” du corps pastoral, appelé à devenir un vecteur de mobilisation des ressources autant que d’âmes.

Une insertion républicaine confirmée
La solennité de l’événement, rehaussée par la présence des autorités administratives (Sous-préfecture de Garoua 1er), politiques (Conseil Régional) et traditionnelles (Lamidat de Garoua), souligne l’ancrage territorial de l’Église. Dans cette partie du pays où les défis de développement sont immenses, la MBF se positionne comme un partenaire de l’État.

La jeunesse de la Benoué-Faro,fer de lance de la nouvelle Ingénierie Missionnaire
L’édification d’une institution religieuse au XXIe siècle ne peut plus reposer exclusivement sur le charisme de ses aînés. Le Dr Richard Hendjenat, président de l’Union Mission Nord-Est Cameroun, l’a souligné avec une acuité particulière lors du culte d’installation : l’encadrement et la formation des jeunes constituent le socle de la continuité administrative. Dans un contexte où la Mission Benoué-Faro ambitionne de doubler sa croissance, la jeunesse n’est plus une catégorie démographique à gérer, mais un levier opérationnel à déployer.

De la dévotion à l’auto-prise en charge
Le défi majeur de ce nouveau mandat, porté par le Pasteur Issa Babba, réside dans la capacité de l’Église à offrir aux jeunes des perspectives qui dépassent le cadre liturgique. L’appel à « faire face à leur propre vie et à leurs propres charges » marque une rupture avec une vision purement contemplative de la foi.
L’autonomie financière de la Mission, condition sine qua non pour accéder au statut de Fédération, est intrinsèquement liée à l’autonomie économique de ses membres. En investissant dans des programmes de formation et de développement personnel, la MBF prépare une génération capable de financer les projets d’à venir .
Le nouveau bureau exécutif hérite d’un chantier immense. Il ne s’agit plus seulement de prêcher, mais de bâtir. De l’initiative pionnière à la maturité institutionnelle, la route est désormais balisée par une exigence de transparence et d’efficacité. Si la grâce demeure le socle, c’est bien l’excellence organisationnelle qui sera le juge de ce nouveau mandat.

Le succès de cette équipe reposera sur sa capacité à transformer le potentiel humain en capital social. La Mission Benoué-Faro ne joue pas seulement son avenir ecclésial, elle joue sa crédibilité d’acteur majeur de la société civile camerounaise
GAËL TSALA NKOLO




