Le Deuil, un Terrain de Joute Politique : L’Hommage Instrumental à Pierre Laverdure Ombang

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La mort, ce moment d’unité et de recueillement, est devenue au Cameroun un champ de bataille politique. La disparition tragique de Pierre Laverdure Ombang, journaliste émérite et jeune directeur de Galaxie TV, en est une illustration poignante. Son décès, survenu alors qu’il s’acquittait de ses fonctions, aurait dû susciter une vague de compassion unanime. Or, ce qui a suivi a révélé une réalité amère : la tendance à instrumentaliser le deuil à des fins partisanes.

Un Hommage Tardif, un Respect en Question

Si la douleur du patron de Galaxie Media Group, M. Sadou Yerima, a trouvé une expression immédiate et sobre, il n’en fut pas de même pour la sphère politique. L’indécence a culminé dans un silence initial, lourd de sens, de la part du camp politique dont le journaliste était un membre actif de la direction de campagne. Cette attente de plusieurs jours avant la publication d’un communiqué officiel a été perçue non pas comme un temps de recueillement, mais comme une hésitation calculée, une forme d’opportunisme posthume qui a choqué l’opinion publique.

On peut, à juste titre, se demander pourquoi l’hommage n’a pas été immédiat. Cette inertie témoigne d’une fâcheuse propension à privilégier l’agenda politique sur la décence humaine. Un observateur avisé a d’ailleurs commenté la situation avec un mélange de tristesse et d’indignation : « Pourquoi attendre deux jours après son décès pour pondre un soi-disant hommage alors que nous savons tous que l’illustre disparu faisait partie de la direction de campagne de [ITB] ?»

Le Deuil Transfiguré en Manifeste Politique

L’hommage politique a finalement été publié. Et, malheureusement, il n’a pas apaisé les esprits, il les a enflammés. Le texte, signé par le Dr. Chris Maneng’s, a transformé le deuil en un outil de communication. En invoquant la «vérité» et la “dignité” et en désignant le journaliste comme un «martyr » de leur «combat politique», le communiqué a détourné l’attention de la douleur de la famille et des proches pour en faire un argument de ralliement.

Cette appropriation du deuil, qui a fait de la mort une tribune politique, est indécente. Elle pose des questions fondamentales sur la sincérité des intentions. Où étaient ces belles déclarations d’amour pour la vérité du vivant de Pierre Laverdure Ombang ? N’aurait-il pas été plus pertinent de les exprimer alors qu’il était en mesure de les entendre ? Ces interrogations, soulevées par de nombreux observateurs, nous amènent à la conclusion que le décès du journaliste a été instrumentalisé.

La Nécessité de Distinguer Deuil et Politique

La mort de Pierre Laverdure Ombang nous rappelle, de manière tragique, les risques inhérents à la profession de journaliste. Mais elle nous offre également une leçon, une leçon d’éthique et de décence pour la classe politique. L’hommage à un homme n’a pas besoin d’être un communiqué de presse pour être authentique. L’authenticité se trouve dans le soutien discret, la compassion silencieuse et le respect sincère de la vie qui a été.

Les personnalités publiques doivent apprendre à faire la distinction entre la commémoration d’une vie et l’exploitation d’une mort. Un deuil, par nature, est intime. Le politiser revient à le trahir.

En fin de compte, Pierre Laverdure Ombang mérite d’être honoré pour ce qu’il a été : un homme de courage, un journaliste passionné. Que sa mémoire nous rappelle que l’intégrité doit toujours l’emporter sur le calcul, même dans les moments les plus sombres.Que son âme repose en paix. Le deuil appartient aux endeuillés et non aux opportunistes.

GAËL TSALA NKOLO