Le Sceau du Lion : Entre Pragmatisme Fondateur et Vertiges de Noël,le lion réussit son entrée en compétition au Maroc

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La XXXVème édition de la Coupe d’Afrique des Nations a ouvert ses portes sur un parfum de soufre et de nostalgie. Pour son entrée en lice dans le groupe C, ce 24 décembre à Agadir, le Cameroun a dompté le Gabon (1-0). Si le score est étriqué, la symbolique, elle, est monumentale. Dans la douceur d’un réveillon marocain, les hommes de David Pagou n’ont pas seulement glané trois points ; ils ont posé la première pierre d’une reconstruction qui refuse de s’excuser d’être laborieuse.

Le Surgissement d’Etta Eyong, le Rempart de la Tanière

Le chronomètre affichait à peine six minutes quand Karl Etta Eyong, d’un geste clinique, a fait chavirer les 35 000 spectateurs du Grand Stade d’Agadir. Ce but précoce a agi comme un révélateur : celui d’une équipe camerounaise qui, malgré sa jeunesse et un temps de préparation réduit à sa plus simple expression — moins de deux semaines — possède cet atout immatériel que la tactique pure ne saurait remplacer : le fighting spirit.

Face à des Panthères gabonaises rodées, portées par des automatismes de longue date, les Lions ont souffert. Certes. On a vu Carlos Baleba, maître d’œuvre du milieu, s’étioler sous l’intensité avant de céder sa place. On a vu Nouhou Tolo, esseulé sur son flanc gauche, subir les assauts répétés d’un adversaire en surnombre. Mais dans cette “souffrance” tant décriée par certains puristes, David Pagou a trouvé sa vérité. Celle d’un groupe qui préfère la solidité de la charnière Malone-Kotto aux statuts établis, et la sueur des entraînements d’Anza aux promesses de papier.

Le « Derby de la Belle-Famille » en Ligne de Mire

À peine le temps de célébrer Noël au Hyatt Regency que l’horizon s’obscurcit déjà d’un défi titanesque. Le 28 décembre, à Marrakech, les Lions défieront l’Éléphant ivoirien, champion en titre. Un choc de titans que le sélectionneur national aborde avec une malice non feinte, mâtinée d’une autorité patriarcale.

« On va montrer à la belle-famille que l’époux est là. C’est le chef de famille », a lancé David Pagou en conférence de presse. Derrière la métaphore se cache une réalité historique : le Cameroun conserve, dans l’inconscient collectif du football continental, cet ascendant psychologique sur la Côte d’Ivoire. Toutefois, l’humilité reste de mise. Pour renverser le champion, les déchets techniques observés à Agadir — notamment dans la transition et le jeu de couloir — devront être gommés au profit d’une exploitation plus verticale du talent de Frank Magri et de la percussion d’Etta Eyong.

Si les critiques sur le niveau de jeu de certains cadres comme Tchamadeu ou Ebimbe bruissent dans les travées, il convient de raison garder. Une CAN ne se gagne pas par un récital au premier match, elle s’apprivoise par la montée en puissance. En privilégiant l’investissement à la notoriété, Pagou a envoyé un signal fort : le maillot vert-rouge-jaune ne se porte plus, il se mérite.

Le rendez-vous de 18h ce soir à Anza, dont le premier quart d’heure sera scruté par la presse internationale, donnera les premiers indices sur la gestion de la fatigue. Entre la fraîcheur de la jeunesse et l’exigence du très haut niveau, le curseur est fragile. Mais pour ces Lions-là, le chemin vers le titre passe par cette capacité à “souffrir ensemble”.

La victoire d’Agadir n’était pas un aboutissement, c’était un acte de naissance. Rendez-vous à Marrakech pour la confirmation du baptême.

GAËL TSALA NKOLO