L’Épopée de Rabat : Entre Psychodrame et Sacre, le Sénégal au Sommet de l’Olympe Africain

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Par une nuit d’hiver où le thermomètre de Rabat a défié la fournaise des passions, le Sénégal a conquis, ce 18 janvier 2026, la deuxième étoile de son histoire. Au terme d’un récit épique, frôlant l’irréel, les Lions de la Teranga ont terrassé le Maroc (1-0 a.p.) dans un stade Moulay Abdallah transformé en chaudron des paradoxes.

Le football, dans ce qu’il a de plus viscéral, nous a offert une finale qui fera date. Non seulement par la qualité technique de deux mastodontes du continent, mais par ce basculement vers l’irrationnel qui a failli emporter le jeu dans les abysses de la polémique.

Morocco’s forward #20 Ayoub El Kaabi fights for the ball with Senegal’s midfielder #05 Idrissa Gueye uring the Africa Cup of Nations (CAN) final football match between Senegal and Morocco at the Prince Moulay Abdellah Stadium in Rabat on January 18, 2026. (Photo by FRANCK FIFE / AFP via Getty Images)

Le Spectre du Chaos : La 98ème Minute de tous les Périls

La rencontre, jusque-là une joute d’échecs tactique et physique, a basculé dans l’ubuesque au crépuscule du temps réglementaire. Monsieur Jean-Jacques Ngambo Ndala, dont le sifflet a agi comme un détonateur, a accordé un penalty aux Lions de l’Atlas pour une faute d’El Hadji Malick Diouf sur Brahim Diaz. Une décision qui, si elle semble techniquement défendable au ralenti, est devenue le catalyseur d’un sentiment d’injustice profond côté sénégalais, exacerbé par l’annulation préalable, et pour une faute légère, de l’ouverture du score des hommes de Pape Thiaw.

S’ensuivit alors une scène de dissidence rare : le retrait momentané des Sénégalais vers les vestiaires. Dans les tribunes, l’électricité était palpable, les projectiles pleuvaient, et l’on craignait que cette CAN 2025, jusque-là exemplaire, ne sombre dans le désordre.

Brahim Diaz et le Poids de l’Audace

Le retour sur la pelouse a accouché d’un moment de grâce suspendue. Face à un Édouard Mendy impérial, Brahim Diaz a choisi l’insolence de la Panenka. Un geste de génie quand il réussit, une faute de goût tragique quand il échoue. En captant ce ballon sans sourciller, Mendy n’a pas seulement effectué un arrêt ; il a opéré un transfert de force psychologique. À cet instant, le Maroc avait perdu sa finale.

Pape Gueye, le Coup de Canon de la Délivrance

Dès l’entame des prolongations, la sentence est tombée. Pape Gueye, symbole de cette résilience sénégalaise, a transpercé la défense marocaine avant de loger un missile dans la lucarne d’un Yassine Bounou impuissant (94e). Le silence qui a alors enveloppé les 65 000 spectateurs marocains n’avait d’égal que la clameur de Dakar.

Malgré l’absence de cadres comme Kalidou Koulibaly ou Krepin Diatta, le Sénégal a fait preuve d’une maturité tactique effrayante. Sous l’impulsion d’un Sadio Mané chef d’orchestre et d’un Gana Gueye inépuisable, les Lions ont érigé un rempart infranchissable face aux assauts désordonnés des hommes de Walid Regragui.

Un Succès au Goût d’Écorchure

Si la victoire est sénégalaise, l’amertume est marocaine. Walid Regragui, tout en saluant le vainqueur, n’a pu masquer sa déception face à l’image projetée : « C’était malsain », a-t-il regretté, pointant du doigt les tensions ayant émaillé la fin de match.

Pourtant, au-delà du tumulte et des heurts évités de justesse, l’image finale restera celle de ces embrassades entre frères ennemis au coup de sifflet final. Le Sénégal, avec cette deuxième couronne après celle de 2021, s’installe durablement sur le trône d’Afrique. Les Lions de la Teranga ne se contentent plus de rugir ; ils gouvernent.

GAËL TSALA NKOLO