L’Harmonie en Partage : Le FEICOM érige le « Vivre-Ensemble » en Impératif Institutionnel

0
171

Par une matinée empreinte de solennité et de ferveur, le siège du Fonds Spécial d’Équipement et d’Intervention Intercommunale (FEICOM) s’est mué en un laboratoire de l’unité nationale. La célébration de cette 2ᵉ édition de la Journée du Vivre-Ensemble ne fut pas qu’une simple parenthèse protocolaire ; elle a scellé l’alliance entre culture, performance professionnelle et cohésion sociale.

Une Dialectique de l’Unité

Le ton a été donné dès l’entame de la cérémonie par la lecture habitée de la Charte du Vivre-Ensemble. Ce texte, véritable boussole éthique, rappelle que l’institution n’est pas seulement un levier financier pour les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), mais aussi un corps social où la diversité doit se conjuguer au présent.

L’Anthropologie au Service du Management

Le point d’orgue intellectuel de la rencontre fut sans conteste l’intervention du Pr. BINGONO BINGONO. Avec la sagacité qu’on lui connaît, l’anthropologue a déconstruit les mécanismes de l’altérité en milieu professionnel. Son exposé a brillamment démontré que la maîtrise des codes culturels n’est pas une simple curiosité intellectuelle, mais un outil pragmatique de gestion.

Pour l’universitaire, « mieux vivre ensemble » suppose une acculturation mutuelle : comprendre les silences, les gestes et les héritages de l’autre pour transformer les frictions potentielles en synergies créatrices. En somme, la culture devient ici le lubrifiant indispensable aux rouages de l’administration.

Un Parterre Institutionnel de Haut Rang

Le rayonnement de cette édition s’est mesuré à la qualité de ses hôtes. La présence de délégations de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme, de la Commission Nationale pour l’UNESCO et du Centre Linguistique Pilote de Yaoundé témoigne de la transversalité du projet. Cette convergence d’institutions souligne une volonté commune : faire du bilinguisme et de la multiculturalité non plus des slogans, mais des réflexes quotidiens au sein de la fonction publique camerounaise.

Au-delà du Symbole : Un Engagement pour les CTD

En réaffirmant ces valeurs de tolérance et d’inclusion, le FEICOM ne se contente pas de polir son image de marque. L’institution renforce le socle sur lequel repose sa mission régalienne. Car, comment « contribuer à faire des CTD un endroit où il fait bon vivre » si cette harmonie ne rayonne pas d’abord au sein même de l’organe qui les accompagne ?

Cette 2ᵉ édition s’achève sur une promesse tacite : celle d’une solidarité agissante. Le FEICOM prouve ainsi que si le développement passe par les infrastructures, il prend racine dans le cœur et l’esprit de ceux qui les bâtissent.

Longtemps cantonnée aux cercles académiques ou à l’étude des sociétés dites « traditionnelles », l’anthropologie fait une irruption salutaire dans les couloirs du management moderne. La récente célébration de la Journée du Vivre-Ensemble au FEICOM, marquée par l’intervention du Pr. Bingono Bingono, nous invite à une réflexion de fond : et si la clé de l’efficacité de nos administrations ne résidait pas tant dans les algorithmes de gestion que dans la compréhension profonde de l’humain ?

Dans un pays comme le nôtre, véritable mosaïque socioculturelle, gérer les ressources humaines ne peut se limiter à pointer des présences ou à liquider des salaires. C’est, avant tout, orchestrer des sensibilités. L’apport de l’anthropologue dans l’entreprise — ou l’institution publique — est celui d’un « décodeur ». Il nous apprend que derrière chaque collaborateur se cache un héritage, une cosmogonie et un rapport au temps ou à l’autorité qui lui sont propres.

L’impact de cette approche est double :

La réduction des zones de friction : La plupart des conflits en milieu professionnel naissent de malentendus culturels, de gestes mal interprétés ou de silences mal compris. L’anthropologie offre les outils pour transformer ces heurts en un dialogue constructif.

La libération du potentiel créatif : Un employé qui se sent compris dans sa singularité culturelle est un employé qui s’investit. L’inclusion n’est pas une faveur faite au travailleur, c’est une stratégie de performance.

L’engagement du FEICOM à intégrer cette dimension dans sa culture d’entreprise est un signal fort. C’est reconnaître que l’administration n’est pas une machine froide, mais un corps vivant. En convoquant les sciences humaines pour cimenter le « vivre-ensemble », l’institution ne fait pas que promouvoir la paix sociale ; elle pose les jalons d’une gouvernance plus empathique et, in fine, plus proche des populations qu’elle sert.

À l’heure où la décentralisation exige une adaptabilité constante aux réalités locales, l’œil de l’anthropologue devient indispensable. Il est temps que nos managers cessent d’être de simples techniciens pour devenir des « ingénieurs de l’humain ». Car, ne l’oublions jamais : on ne bâtit rien de durable sur le mépris des identités, mais tout est possible sur le socle de la reconnaissance mutuelle.

GAËL TSALA NKOLO