L’exercice du pouvoir à la tête de la Confédération Africaine de Football (CAF) semble avoir trouvé, avec Patrice Motsepe, une forme inédite de vacance assumée. Derrière les effusions fraternelles et les sourires de circonstance, le dirigeant sud-africain installe une méthode de gestion fondée sur l’esquive. Le « scandale en 4K » de la finale Maroc-Sénégal et l’appel consécutif de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), le 4 février 2026, agissent comme des révélateurs d’un leadership qui s’efface sitôt que la crise surgit.

L’indépendance comme paravent
Face aux exigences de transparence portées par Fouzi Lekjaa, qui invoque une application stricte du Code disciplinaire, la présidence de la CAF s’est murée dans un mutisme institutionnel. Ce recours systématique à « l’indépendance des commissions » ne constitue plus un gage de neutralité, mais un mécanisme d’évitement. Là où l’institution requiert un arbitrage politique et une direction ferme, Patrice Motsepe préfère déléguer la gestion des tempêtes à des subalternes, au premier rang desquels le secrétaire général Véron Mosengo-Omba, dont les méthodes de management et l’omniprésence soulèvent d’importantes interrogations internes.

Un bilan comptable au service du paraître
Si le second mandat de Patrice Motsepe, entamé en mars 2025, met en avant l’augmentation des dotations financières, cette progression masque mal une absence de réformes structurelles. Les avancées budgétaires de la CAF découlent principalement de mécanismes préexistants — droits audiovisuels et subventions de la FIFA — plutôt que d’une vision novatrice.
Le tableau clinique de l’organisation reste préoccupant :
Instabilité organisationnelle : Déprogrammation du CHAN 2025 et flou persistant sur l’édition 2028.
Déficiences techniques : Utilisation aléatoire de la VAR et arbitrage régulièrement contesté.
Ombres financières : Un audit révélant des pertes potentielles de 25 millions de dollars et des irrégularités comptables restées sans réponse structurelle.

Le football au prisme des intérêts privés
L’analyse de cette gouvernance ne peut occulter le profil d’homme d’affaires du président. Actionnaire de référence du géant de l’assurance Sanlam, solidement implanté au Maroc depuis le rachat de Saham Assurance, Patrice Motsepe évolue dans un écosystème où les intérêts économiques et sportifs s’entremêlent étroitement. Cette dualité interroge sur la capacité du dirigeant à arbitrer en toute impartialité lorsque les enjeux de crédibilité du football africain se heurtent à la préservation de partenariats stratégiques.
Alors que le Comité Exécutif se réunit ce vendredi 13 février pour examiner des dossiers brûlants — de la performance des arbitres aux incidents de la finale — la CAF se trouve à la croisée des chemins. Pour l’heure, Patrice Motsepe semble privilégier une stature de représentation, laissant le soin aux fédérations nationales de porter seules les exigences de réforme. À force de vouloir régner sans gouverner, le président de la CAF risque de transformer son mandat en une parenthèse d’immobilisme, au moment précis où le football continental réclame de la clarté et du courage.
GAËL TSALA NKOLO




