L’urbanisme africain à l’ère de la data : Le Cameroun impulse une mutation paradigmatique au FUA2 de Nairobi

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Le Kenya s’est imposé, du 8 au 10 avril 2026, comme l’épicentre de la réflexion prospective sur la ville africaine. Le deuxième Forum Urbain Africain (FUA2) a cristallisé les enjeux d’une transition urbaine qui ne peut plus faire l’économie de la durabilité ni de la révolution technologique. Au sein de ce cénacle ministériel, l’intervention du Cameroun, portée par Célestine Ketcha Courtès, Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), a marqué les esprits par une approche qui conjugue rigueur doctrinale et pragmatisme opérationnel.

Le logement abordable : une architecture de la résilience

Sous l’impulsion du Président Paul Biya, le Cameroun a structuré sa réponse à la crise de l’habitat autour d’une Politique Nationale de l’Habitat et du Développement Urbain désormais stabilisée. Devant ses pairs, le MINHDU a exposé une stratégie articulée en cinq sous-composantes, dont la construction de cités municipales. Ce programme vise à juguler un déficit structurel évalué à 2,5 millions d’unités, lequel s’accroît inexorablement de 100 000 logements chaque année.

Face à la pression démographique, à la spéculation foncière et aux vulnérabilités climatiques — inondations et glissements de terrain en tête — le Cameroun préconise un changement d’échelle. Parmi les leviers identifiés : la gestion directe du foncier urbain par le ministère sectoriel, la création de banques d’habitat alimentées par des taxes sur les matériaux de construction, et le renforcement des mécanismes de refinancement hypothécaire.

La promotion des matériaux locaux certifiés, notamment via le standard EDGE dans le cadre de la ZLECAF, témoigne d’une volonté de décarboner le secteur tout en stimulant l’industrie régionale. Plus ambitieux encore, l’évocation d’un “Plan Marshall” immobilier assis sur l’exploitation raisonnée des ressources naturelles dessine les contours d’une souveraineté financière retrouvée.

L’Intelligence Artificielle : levier d’inclusion des marges urbaines

L’originalité de la position camerounaise s’est révélée lors de la table ronde consacrée aux technologies de rupture. Pour le MINHDU, l’intelligence artificielle (IA) et les outils de cartographie géospatiale ne sont pas des gadgets technologiques, mais des instruments de justice sociale.

L’enjeu est majeur : transformer les quartiers informels. En utilisant l’adressage digital et la numérisation du foncier, l’État entend rendre “visibles” ces espaces souvent absents des radars administratifs. L’IA permet ici d’optimiser la planification des services essentiels, d’améliorer la transparence transactionnelle et de favoriser une participation citoyenne authentique.

« Ces espaces ne sont pas en marge de la ville : ils en sont une composante essentielle. Les intégrer avec intelligence accélère notre développement », a martelé Célestine Ketcha Courtès.

Vers un nouvel agenda urbain panafricain

En saluant l’hospitalité du Kenya et l’appui d’ONU-Habitat, le Cameroun réaffirme son alignement sur l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et les Objectifs de Développement Durable (ODD). Cette participation au FUA2 démontre que la réponse aux défis de l’urbanisation rapide passera par une hybridation réussie entre les savoir-faire traditionnels et les algorithmes de pointe.

Nairobi 2026 aura ainsi permis de confirmer une certitude : la ville camerounaise de demain sera résiliente, inclusive ou ne sera pas. L’expertise déployée par la délégation camerounaise pose les jalons d’une coopération Sud-Sud renforcée, où l’innovation sert de socle à la dignité humaine.

GAËL TSALA NKOLO