Mfou 2026 : Le sursaut budgétaire au service d’une « diplomatie de proximité » et de l’agro-industrie

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Loin des routines comptables, la session budgétaire close le 31 décembre 2025 à Mfou a scellé le passage d’une gestion de proximité à une véritable stratégie de puissance territoriale. En portant son enveloppe budgétaire à 3,592 milliards FCFA — une croissance fulgurante de 30 % — la commune s’extirpe de la prudence administrative pour endosser les habits d’une « collectivité-entrepreneur ». Entre une discipline budgétaire accrue, une optimisation audacieuse des gisements fiscaux locaux et le pari novateur de l’intercommunalité agro-industrielle via le projet PROPORC-MAF, l’exécutif municipal dessine les contours d’un laboratoire de la décentralisation productive. En 2026, le défi de Mfou ne sera plus seulement de planifier, mais de transformer cette ambition financière en un levier d’émergence structurelle pour ses administrés.

La session budgétaire close le 31 décembre 2025 à Mfou ne fut pas une simple formalité comptable. Entre une hausse spectaculaire de l’enveloppe globale et le pari de l’intercommunalité productive, l’édile et son conseil dessinent les contours d’une collectivité territoriale décentralisée (CTD) qui refuse la fatalité de la rente administrative pour embrasser celle de l’efficience économique.

Une trajectoire budgétaire en rupture

Le chiffre est éloquent : 3,592 milliards FCFA. En bondissant de près de 874 millions FCFA par rapport à l’exercice précédent, le budget 2026 de la commune de Mfou marque une rupture avec la prudence des années antérieures. Cette croissance de plus de 30 % ne témoigne pas seulement d’une ambition ; elle traduit une mutation de la planification financière locale.

Pour l’observateur averti, cette expansion budgétaire répond à un double impératif. D’une part, la nécessité de répondre à une demande sociale de plus en plus pressante en infrastructures de base. D’autre part, l’obligation de crédibiliser l’institution municipale face aux défis de la décentralisation. Cependant, la Commission des finances, dans une posture de garde-fou, n’a pas manqué de souligner que cette opulence de papier devra impérativement se traduire par une cohérence programmatique, exigeant une harmonisation technique rigoureuse pour éviter les écueils d’une exécution stérile.

Le paradigme de la performance : Discipline et fiscalité

L’un des moments forts de cette session fut sans conteste le rappel à l’ordre sur la gestion du capital humain. Le Conseil municipal, par la voix de sa Commission des finances, a posé un diagnostic lucide : l’ambition budgétaire est vaine sans une éthique du travail.

Rigueur administrative : L’appel à un règlement intérieur strict et à des mesures disciplinaires suggère une volonté de mettre fin à l’inertie.

Ingénierie fiscale : La commune identifie ses « gisements dormants ». Permis de bâtir, taxes de transport et produits de carrière ne sont plus vus comme des taxes accessoires, mais comme les piliers d’une autonomie financière retrouvée.

« La consolidation de la base fiscale locale constitue une condition essentielle à l’autonomie financière de la commune et à la pérennité de ses actions », ont martelé les élus, conscients que l’État central ne peut plus être le seul argentier.

PROPORC-MAF : L’intercommunalité comme levier de puissance

L’innovation majeure de cet exercice 2026 réside dans le projet PROPORC-MAF. En s’alliant à la commune de Nkolafamba pour structurer une filière porcine intégrée, Mfou sort de ses frontières pour explorer la mutualisation des ressources.

Ce projet, soutenu par une sollicitation financière auprès du FEICOM, est une réponse directe à la problématique de la création de valeur ajoutée. En passant de la simple production à la transformation agro-industrielle, Mfou s’érige en « commune-entrepreneur ». Ce basculement stratégique est crucial : il transforme le territoire en un pôle économique attractif, capable de générer des emplois pérennes et de sécuriser des recettes moins volatiles que les dotations étatiques.

Perspectives : Les défis de la mise en œuvre

Huit délibérations, une réorganisation de l’organigramme et un cap agro-industriel : la feuille de route est dense. Si le climat de confiance a prévalu lors des débats, le véritable test pour l’exécutif municipal de Mfou sera celui de l’exécution.

L’année 2026 sera celle de la preuve. Entre la modernisation du matériel communal et la mise en œuvre de projets structurants en intercommunalité, Mfou se positionne comme un laboratoire de la décentralisation productive au Cameroun. Reste à savoir si l’appareil administratif saura suivre la cadence imposée par ces ambitions renouvelées.

GAËL TSALA NKOLO