Alors que le Cameroun s’enfonce dans une épidémie silencieuse de maladies non transmissibles, une question s’impose : l’État a-t-il le courage de réguler ce que nous mangeons ?
Regardez attentivement les rayons de nos boutiques de quartier. Derrière les couleurs chatoyantes et les promesses marketing se cache une réalité plus sombre : une offre alimentaire saturée de sucres, de sels et de graisses, dont la complexité des étiquettes frise parfois l’opacité volontaire. Le constat dressé par Ferdinant M. Sonyuy et les experts réunis le 22 janvier dernier est sans appel : notre transition nutritionnelle se transforme en une hypothèque sur la vie humaine.

Sortir de l’hypocrisie de la « liberté de choix »
L’argument est connu : le consommateur serait seul responsable de ses excès. C’est oublier un peu vite que le choix n’existe pas sans une information claire. L’instauration d’un étiquetage nutritionnel simplifié en face avant des emballages (Front-of-Package Warning Labels) n’est pas une mesure esthétique. C’est un acte de salubrité publique. Comment parler de décision éclairée quand décrypter la composition d’un produit demande un diplôme en biochimie ?
L’adoption de ces avertissements visuels est une urgence. Elle permet de briser le contrat de silence entre une industrie souvent plus soucieuse de ses marges que de nos artères, et des consommateurs laissés dans l’ignorance.

L’étiquetage d’avertissement : un modèle qui fait école
Le Cameroun ne réinvente pas la roue ; il s’appuie sur une stratégie qui a déjà fait ses preuves. L’étiquetage d’avertissement (souvent sous forme d’octogones noirs « Stop ») est devenu le fer de lance de la lutte contre les maladies non transmissibles (MNT) dans le monde.
transmissibles (MNT) dans le monde.
| Pays / Région | Statut | Type de dispositif | Impact observé |
| Chili (2016) | Obligatoire | Octogones noirs « Élevé en… » | Baisse de 24 % des achats de boissons sucrées. |
| Mexique (2020) | Obligatoire | Octogones + avertissement édulcorants | Forte reformulation des produits par les industriels. |
| Canada (2026) | Obligatoire | Symbole de loupe (Sucre, Sel, Gras) | Entrée en vigueur généralisée au 1er janvier 2026. |
| Afrique | En débat | Plaidoyers nationaux (RADA, C3T) | Dynamique de plaidoyer pour des normes harmonisées. |

La santé, priorité régalienne
L’intervention de Prince Mpondo, président du REMAPSEN, nous place face à nos responsabilités collectives. Le journalisme de santé ne peut plus se contenter de relayer des conseils de bien-être. Il doit devenir un outil de plaidoyer politique. Car le combat contre le diabète ou l’obésité ne se gagnera pas seulement dans les cabinets médicaux, mais dans les bureaux du Ministère des Finances, du Commerce et des Mines.
Taxer les boissons sucrées, restreindre le marketing agressif ciblant nos enfants : ces mesures sont impopulaires auprès des lobbys, mais elles sont les seules capables de freiner l’hécatombe. L’État ne peut rester le spectateur passif d’un système qui privilégie le profit immédiat de quelques-uns sur le bien-être durable de tous.

Le temps de l’action
Nous devons saluer l’initiative de la RADA qui, aux côtés de figures comme Judith Chekumo ou Njerim Magdalene Nghanwi, bâtit une coalition entre science et média. Il ne s’agit plus de savoir si nous devons agir, mais quand nous aurons enfin le cadre législatif pour le faire.
Chaque jour de retard se compte en vies brisées et en coûts de santé exorbitants pour la nation. La plume est désormais trempée dans l’urgence. Espérons que l’oreille des décideurs soit aussi attentive que l’était celle des journalistes ce jour-là.
GAËL TSALA NKOLO




