Une affaire d’envergure secoue actuellement le secteur des télécommunications au Cameroun. Ce 18 septembre 2025, le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a ouvert une audience cruciale dans l’affaire qui oppose le Syndicat national autonome des travailleurs des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Syntic) à l’opérateur Orange Cameroun. En cause : le non-paiement présumé de plus de 3 milliards de FCFA de primes d’ancienneté à 157 anciens employés.
L’enjeu de cette bataille judiciaire va bien au-delà des sommes réclamées. Il s’agit d’un véritable test pour les droits des travailleurs et la capacité des syndicats camerounais à faire plier une multinationale.
Une bataille juridique de longue haleine
Le litige, qui s’étend sur près de deux décennies, trouve son origine dans la convention collective de 2010. Selon ce texte, les salariés d’Orange Cameroun ont droit à une prime d’ancienneté progressive : 4 % du salaire de base après deux ans de service, augmentée de 2 % par année supplémentaire, sans limite.
Le Syntic accuse toutefois l’opérateur d’avoir calculé ces primes sur l’échelon salarial le plus bas, une pratique qui aurait mécaniquement réduit les montants dus et spolié les employés de leurs droits. Le syndicat exige aujourd’hui le paiement intégral des sommes impayées pour la période allant de 2010 à 2019.
Cette action en justice intervient après une longue série de tentatives de conciliation infructueuses, comme l’explique Koungou Corneille, président du Syntic : « L’employeur a toujours joué au dilatoire ». Après un procès-verbal de non-conciliation et un passage en chambre d’arbitrage qui n’a pas abouti, le syndicat a opté pour une procédure de citation directe, validée par le procureur.
L’affaire avait déjà connu un rebondissement en 2017, lorsque le ministère du Travail avait reconnu le bien-fondé des revendications syndicales. Orange Cameroun avait alors admis une « erreur d’appréciation » et procédé à un rappel partiel des primes. Cependant, pour le Syntic, cette régularisation n’était qu’un « saupoudrage » qui laissait de nombreux anciens salariés sur leur faim.
Le secteur des télécoms sous haute surveillance
Cette affaire judiciaire s’inscrit dans un contexte où le secteur des télécommunications camerounais est déjà sous pression. L’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) a récemment infligé des amendes massives de 2,6 milliards de FCFA à Orange Cameroun et à son concurrent MTN Cameroon.
Ces sanctions font suite à un contrôle de terrain qui a révélé de nombreux manquements. Parmi les griefs retenus : une mauvaise couverture réseau, un taux d’échec élevé des communications et un manque de transparence dans la tarification.
Alors qu’Orange Cameroun est déjà confronté à de lourdes pénalités de la part de l’ART, cette nouvelle assignation en justice ajoute une pression supplémentaire sur l’opérateur. La bataille juridique en cours met en lumière les tensions sociales dans un secteur en pleine expansion, où la qualité de service et le respect des droits des travailleurs sont devenus des sujets de préoccupation majeurs.
L’issue de ce procès sera suivie de près, car elle pourrait créer un précédent pour les relations employeurs-employés au Cameroun, démontrant la capacité des salariés à obtenir justice face à de puissantes multinationales.




