À l’approche de l’échéance présidentielle du 12 octobre 2025, la fièvre électorale gagne en intensité sur l’échiquier politique camerounais. Le département de la Bénoué, dans la région septentrionale, se mue en un théâtre d’opérations stratégiques où le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) déploie un dispositif de campagne qui s’apparente moins à une conquête qu’à une formalisation de l’allégeance. La localité de Tcheboa, avec son potentiel de près de 38 816 électeurs inscrits, est au cœur de cette manœuvre

La Méthode Ahiwa : Un Maillage Territorial à l’Épreuve du Terrain
Sous la houlette du président de la commission communale de campagne, Hamadou Ahiwa, et de sa vice-présidente, la Sénatrice Didjatou Oumarou, le parti au pouvoir a délibérément opté pour une stratégie d’une granularité chirurgicale. L’objectif est sans ambiguïté : garantir au « champion » national, S.E. Paul Biya, une victoire « écrasante » – l’euphémisme étant ici de rigueur pour signifier un plébiscite.

La tactique s’articule autour d’un maillage intensif des 46 sous-sections que compte l’arrondissement. L’idée-force est de « descendre dans tous les villages » pour opérer une pédagogie politique de proximité. Il ne s’agit pas tant de convaincre que de clarifier la paternité des réalisations. Face à une confusion possiblement entretenue par d’autres acteurs politiques locaux – tel que mentionné par un habitant, Raphaël Womousse de Langui Divergol, évoquant des figures comme Issa Tchiroma ou Bello – la commission s’emploie à attribuer explicitement au Chef de l’État les infrastructures achevées.

La Gratitude Concrète, Pilier de la Persuasion
Le discours de campagne s’ancre dans l’énumération des « acquis » : construction de points d’eau, de l’école maternelle, du château d’eau, l’installation de plaques solaires, et la création d’un poste de gendarmerie. Pour l’électorat rencontré lors du lancement de campagne le 2 octobre 2025 dans les localités de Langui Kadouna, Langui Divergol, Langui Social et Ouro Kesso, ces réalisations ne sont pas de simples actes administratifs, mais des preuves tangibles de la sollicitude présidentielle.

Comme l’a illustré Raphaël Womousse, dont les propos attestent d’une conscience politique rudimentaire mais affective : « On sait maintenant que l’école maternelle qui est à Langui Social, c’est papa Paul Biya qui pense à nous ». Ce prisme de l’affect et de la gratitude concrète façonne le socle de l’engagement promis, traduit par un « vote de 100% » et la conviction que « nous allons gagner ».

Ce faisant, le RDPC utilise les besoins satisfaits comme un levier de fidélisation, transformant l’action publique en dette politique. La paix, mentionnée comme un autre attribut essentiel (« Nous vivons dans la paix, nous exploitons nos champs en paix »), est présentée comme un dividende de la gouvernance actuelle.
La Rhétorique de la Demande et l’Engagement Poursuivi

Fait notable : loin de se contenter de remercier, les populations expriment déjà les doléances futures, s’inscrivant dans la logique d’une continuité qui leur semble inéluctable. L’électrification de quartiers comme Ouro Kesso, la multiplication des plaques solaires, l’intégration professionnelle des jeunes diplômés (santé, élevage, enseignement) et surtout le bitumage du tronçon Pitoa-Adoumri sont autant de marqueurs d’une attente forte.

L’engagement de la commission, qui a demandé aux chefs des comités de campagne d’« aller dans chaque ménage » pour convaincre sur la « pertinence du projet de société », souligne la détermination du RDPC à ne laisser aucune voix au hasard. Fort de son implantation territoriale solide dans les 46 villages, le parti ambitionne de briguer un huitième mandat avec la certitude que Tcheboa sera une pièce maîtresse de cette consolidation.

L’enjeu à Tcheboa n’est donc pas la surprise, mais la force de l’adhésion : l’objectif est de transformer un avantage historique en un score maximal, symbolique de l’emprise du parti sur la conscience et le quotidien des populations du Nord-Cameroun. Reste à savoir si, au soir du 12 octobre, la moisson sera à la hauteur de l’effort logistique et de l’efficacité du récit politique déployé.
GAËL TSALA NKOLO




