Trente ans après Beijing : l’impératif de l’effectivité

0
21

Trente ans après la Déclaration de Beijing, la 70e session de la Commission de la condition de la femme à New York appelle à un bilan exigeant. Au-delà des acquis réglementaires, l’heure est à l’effectivité des droits et à l’autonomisation concrète. Le Cameroun, fort de ses avancées institutionnelles et de sa stratégie d’import-substitution, réaffirme sa volonté de transformer les cadres juridiques en leviers de résilience économique pour les femmes, avec pour horizon le cap 2030.

Trente ans après la Déclaration de Beijing, la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW), ouverte à New York du 9 au 19 mars 2026, s’impose comme un tournant décisif. Ce rendez-vous mondial exige un examen lucide des trajectoires nationales. Il ne s’agit plus seulement de célébrer les acquis réglementaires, mais de mesurer la réalité du terrain : l’accès effectif à la justice et l’autonomisation concrète des femmes et des filles.

Le monde traverse une période critique. Dans un contexte de fragilisation de l’État de droit et de rétrécissement des espaces démocratiques, les droits fondamentaux sont bafoués. À l’échelle mondiale, les femmes ne disposent que de 64 % des droits juridiques des hommes. Ce déficit d’égalité nourrit une impunité systémique, que ce soit face aux violences physiques, aux mariages forcés ou aux nouvelles menaces numériques, à l’instar des contenus « deepfake » dont les femmes sont les cibles privilégiées.

Face à ces enjeux, le Cameroun, conduit par la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie Thérèse Abena Ondoa, réaffirme son engagement. La stratégie nationale, articulée autour de systèmes juridiques équitables et de la levée des barrières structurelles, témoigne d’une volonté de transformation profonde.

Un socle institutionnel en mutation

Le bilan camerounais s’appuie sur des avancées tangibles. La mise en œuvre de la Politique Nationale du Genre, couplée à un budget sensible, a permis de mailler le territoire avec 128 Centres de promotion de la femme et de la famille et 360 Centres multifonctionnels de promotion des jeunes. En matière de sécurité humaine, l’intégration du genre dans les processus de désarmement, démobilisation et réintégration, ainsi que l’opérationnalisation de la Couverture Santé Universelle, démontrent que la femme est un pilier central de la résilience nationale.

L’import-substitution : moteur d’émancipation rurale

Au-delà de l’appareil institutionnel, la souveraineté économique nationale trouve un écho chez la femme rurale. La politique d’import-substitution devient le levier d’une transformation structurelle. En favorisant la transformation locale des matières premières, le gouvernement accompagne les agricultrices dans le passage de l’économie de subsistance à l’entrepreneuriat à valeur ajoutée.

Pour pérenniser cette transition, trois axes sont prioritaires :

Technologie : Accélérer l’accès aux équipements de transformation.

Financement : Déployer des micro-crédits à taux bonifiés et des mécanismes de warrantage.

Structuration : Favoriser les coopératives pour mutualiser les moyens et conquérir les marchés urbains.

Vers une effectivité des droits

Le diagnostic de la CSW70 est sans appel : le passage de la reconnaissance des droits à leur effectivité totale demeure le défi majeur. Le rapport du Secrétaire général de l’ONU confirme que le système judiciaire est le lieu où se décide, ou se perd, l’égalité des sexes. Lorsque les lois sont impartiales et que la justice protège toutes les citoyennes, c’est l’ensemble de la société qui progresse.

Le cap 2030 impose des actions urgentes : mettre fin à l’impunité, abroger les lois discriminatoires, financer l’aide juridictionnelle, soutenir les organisations de femmes en première ligne, et réguler la technologie pour contrer les biais algorithmiques.

La participation du Cameroun à cette session confirme sa détermination à aligner ses engagements sur les standards internationaux. Il appartient désormais aux nations de traduire ces ambitions en résultats durables, transformant chaque citoyenne en un maillon indispensable de la souveraineté économique et de la paix.

GAËL TSALA NKOLO