Impôt Santé au Cameroun : La RADA Presse le Gouvernement pour Combler le Fossé Budgétaire de la Santé

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L’Association pour la Réconciliation et le Développement (RADA) a lancé un appel retentissant au gouvernement camerounais pour qu’il introduise des taxes sur les produits malsains (boissons sucrées, snacks salés, tabac, alcool, etc.), qu’elle présente comme une solution crédible et urgente pour renflouer le budget de la santé et freiner l’explosion des maladies non transmissibles (MNT).

Le Sous-financement Chronique de la Santé : Un Signal d’Alarme

Le Cameroun fait face à un déficit de financement de sa santé publique jugé “chronique” par la RADA. Malgré son engagement en 2014, via la Déclaration d’Abuja, d’allouer 15 % de son budget national à la santé, le pays n’y consacre actuellement que moins de 2 %. Ce taux figure parmi les plus faibles du continent africain.

Ferdinant Mbiydzenyuy Sonyuy, président-directeur général de la RADA et économiste de la santé publique, est catégorique : sans mesures audacieuses, le Cameroun risque de s’enliser davantage dans le sous-développement de son secteur de la santé. Selon lui, cette pénurie de fonds met particulièrement en péril les services essentiels pour les maladies chroniques, qui manquent d’un financement durable.

« Les taxes sur les produits malsains peuvent générer des revenus suffisants pour couvrir jusqu’à 40 % du budget national de la santé,” a affirmé M. Sonyuy. “C’est un mécanisme de financement domestique responsable et soutenu par la population du Cameroun.»

L’Adhésion Populaire en Faveur de l’Affectation des Recettes

L’argument principal de la RADA repose sur la double action de ces taxes : la génération de revenus et la réduction de la consommation des produits moteurs de l’obésité, du diabète, de l’hypertension et du cancer.

Un sondage récent mené par l’organisation a révélé un soutien significatif : 50 % des Camerounais sont favorables à l’instauration de ces taxes santé. Ce soutien monte en flèche, atteignant 94 %, si les recettes sont expressément affectées à la prévention des MNT, à la promotion de la santé et aux programmes de protection.

“Les gens sont prêts. Ils veulent que leurs impôts protègent leur santé, et non qu’ils servent simplement à renflouer le trésor public,” a martelé M. Sonyuy.


Un “Gagnant-Gagnant” Économique et Social

La RADA présente cette mesure comme un choix “gagnant-gagnant”. Elle encourage vivement les producteurs à voir dans cette fiscalité une opportunité de reformuler leurs produits pour proposer des options plus saines, s’alignant ainsi sur l’effort national d’amélioration de la santé publique.

Pour les experts en santé publique, la proposition de la RADA est un “fruit à portée de main” (low-hanging fruit) pour le Cameroun. Elle permettrait non seulement de combler le fossé financier de la santé, mais aussi d’accélérer l’atteinte de la Couverture Sanitaire Universelle et de réduire le fardeau économique à long terme des maladies évitables.


Appel à la Volonté Politique : Protéger les Citoyens, Stimuler la Croissance

L’organisation appelle directement le Président Paul Biya et les législateurs à faire preuve d’une volonté politique décisive. Elle cadre les taxes santé comme un investissement stratégique dans le capital humain et la croissance économique.

“Protéger la prochaine génération, c’est protéger le PIB,” a soutenu M. Sonyuy. “Une population saine est le moteur d’une économie productive. Nos dirigeants doivent choisir de protéger les gens, pas les profits.”

La RADA s’engage à poursuivre son plaidoyer, travaillant avec la société civile, les décideurs politiques et les partenaires internationaux pour que la taxe santé devienne une réalité au Cameroun.

GAËL TSALA NKOLO