Du Rite à la Réalité : Le Serment Présidentiel du 6 Novembre 2025 au Cameroun

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Le 6 novembre 2025 marque un moment crucial pour la République du Cameroun : la prestation de serment du Président de la République. Au-delà de la simple formalité juridique, cet acte solennel, analysé par Spécial Valère AFA’A, PhD candidate en Droit public comparé et Juriste Constitutionnaliste, se révèle être un véritable nœud de significations politiques et symboliques.

Dans un contexte sociopolitique camerounais traversé par des tensions, l’auteur nous invite à décrypter le Serment comme un double prisme. D’abord, une symbolique républicaine, agissant comme un acte de légitimation, de continuité de l’État et de soumission à la souveraineté populaire. Ensuite, une mimique institutionnelle, un « théâtre nécessaire du pouvoir » où, selon la formule de Pierre Bourdieu, le rituel transforme l’arbitraire en légitime.

Entre magie institutionnelle et performativité constitutionnelle, ce Libre Propos explore comment cet engagement d’honneur, bien que parfois vidé de sanction réelle, est essentiel pour maintenir l’illusion d’un pouvoir stable, canaliser les conflits et, in fine, permettre à l’État de “jouer le jeu du symbole pour maintenir l’illusion d’un pouvoir soumis à la loi.”

Lire ici son Analyse :

A propos de la cérémonie de prestation de serment du Président de la République qui se tient ce 06 novembre 2025 au Cameroun, un phenotexte spontané m’a paru nécessaire à toutes fins utiles.

Le Serment du Président de la République est à la fois une formalité ancrée dans la procédure de dévolution des fonctions présidentielles et un engagement d’honneur en interaction avec la Constitution et la Loi ( NAMA MAOH François, 2008).
Au regard du contexte sociopolitique du Cameroun marqué par des tensions, il faudrait comprendre que le Serment emporte non seulement une symbolique républicaine et mais encore une mimique institutionnelle.

1. Le Serment comme symbolique républicaine : un acte de légitimation et de continuité

Le serment n’est pas une simple formalité juridique. Le serment est une identité constitutionnelle impliquant un rituel politique lié à la sacralité du pouvoir. C’est effectivement le moment constitutif de l’entrée en fonction du Président, marquant la transmission du pouvoir suprême dans la République.
En tant que symbolique républicaine, le Serment est un acte de soumission symbolique à la souveraineté populaire en ce qu’il est preté devant le parlement réuni en congrès et qu’il est adressé au peuple à travers des représentants.

En tant que acte de continuité de l’Etat, le serment fait du Président de la République, l’incarnation temporaire de la République en créant un lien entre l’ancien président identifié dans le mandat achevé et le nouveau Président dans le nouveau mandat.
Même sans référence religieuse obligatoire comme dans d’autres pays, le rituel du serment conserve une une dimension quasi sacerdotale à travers des gestes et des chorégraphies protocolaires bien prédéfinis.

On en voit une mimique institutionnelle traduisant une illusion consolante autour du pouvoir.

2. Le Serment comme une mimique institutionnelle : un théâtre nécessaire du pouvoir

Selon Pierre Bourdieu
« Les rituels d’institution sont des actes de magie sociale qui transforment l’arbitraire en légitime. »
Le serment du Président de la République se présente dans la vie politique d’un État comme une imitation codifiée d’un acte sérieux, mais vidée de sanction ou d’efficacité réelle. Ce qui fait de lui une mimique institutionnelle en ce qu’il crée du sacré laïque là où il n’y a que du pouvoir.
Le serment du Président de la République emporte une solennité dont le formalisme codifié et l’apparence de légitimité en font un théâtre nécessaire dans tout État qui amorce un nouveau mandat.

Qu’on reproche au serment du Président de la République de manquer sanctions réelles en raison du fait que son nom respect n’entraînerait aucune conséquence juridique automatique, il faut lui reconnaître une performativité constitutionnelle c’est à dire cette capacité à produire un effet juridique réel par le seul fait de l’énonciation, indépendamment de sa coercitivité qui peut lui faire défaut. On y voit une magie institutionnelle bien plus qu’une simple fiction juridique.

Bien plus, en admettant que la Prestation de serment du Président de la République est une mise en scène du consensus, il s’agit d’un théâtre nécessaire Où le Serment joue le rôle de la règle sans l’être vraiment afin non seulement de légitimer le pouvoir en rassurant la population, mais également de canaliser les conflits et les tensions en transformant la lutte politique en cérémoniale pacifiée.

En définitive, le serment est une mimique nécessaire : sans lui, la République perdrait son âme ; avec lui, elle accepte de jouer le jeu du symbole pour maintenir l’illusion d’un pouvoir soumis à la loi. La finalité étant que l’Etat demeure stable. A travers le serment qui est un acte qui transforme un individu en Institution par la seule force du rituel et dont l’efficacité transcende sa réalité ou sa vérité, l’Etat est incontestablement la performation réussie de l’acte d’instituer ( Pierre Bourdieu).

_Par Spécial Valère AFA’A_
PhD candidate en Droit public comparé
Juriste Constitutionnaliste
Chef de Pôle Démocratie et Droit Constitutionnel du CREPEG ( Centre de Recherche en Paix, Environnement et Gouvernance) .