Le rectangle vert, cet espace sacré de la geste sportive, est en passe d’être supplanté par le prétoire. Au lendemain de quarts de finale d’une intensité dramatique, la Confédération Africaine de Football (CAF) vient de briser le silence par un communiqué dont la sécheresse n’a d’égale que la gravité. En ouvrant une instruction disciplinaire sur les rencontres Maroc-Cameroun et Algérie-Nigeria, l’instance faîtière du football continental ne se contente pas de gérer des incidents ; elle tente de sauver l’esthétique et l’éthique de sa compétition phare, la TotalEnergies CAN Maroc 2025.

Le « Mal camerounais » : Quand la tribune défie la pelouse
Si la rencontre de vendredi au Stade Moulay Abdellah a offert un duel tactique de haut vol entre les Lions de l’Atlas et les Lions Indomptables, les coulisses de l’affrontement ont révélé une pathologie persistante de la gouvernance. L’enquête de la CAF cible ici, avec une précision chirurgicale, le comportement d’un haut dirigeant de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT).
Dans la grammaire du sport, le dirigeant est le garant du « fair-play » institutionnel. Or, les rapports dont dispose le Jury disciplinaire suggèrent une transgression des standards de professionnalisme. Ce n’est pas la sélection marocaine, exemplaire, qui est ici sur la sellette, mais bien une dérive fonctionnelle camerounaise qui interroge sur la capacité des officiels à incarner la dignité que requiert leur rang.

Marrakech ou la faillite de la raison
Le samedi 10 janvier, le Grand Stade de Marrakech a viré à la tragédie grecque. L’élimination de l’Algérie par un Nigeria impérial (2-0) a libéré des pulsions primaires que le journalisme de sport se doit de condamner avec une rigueur académique. L’encerclement de l’arbitre sénégalais Issa Sy par des joueurs algériens hors de contrôle n’est pas qu’une simple « contestation » ; c’est une atteinte directe à l’autorité de la règle, sans laquelle le football n’est plus qu’une jacquerie.
Plus grave encore, la contamination de la violence a franchi la frontière de la zone mixte. Le fait que des professionnels des médias algériens aient transformé cet espace de dialogue en arène de pugilat contre leurs confrères marocains constitue une rupture du contrat déontologique. Lorsque le journaliste, censé être le scribe de l’histoire, devient le protagoniste de l’infamie, c’est tout l’écosystème du sport qui vacille.

L’heure du couperet : Vers un signal fort ?
En transmettant le dossier au Jury disciplinaire, le Secrétaire Général de la CAF actionne le bras séculier de la justice sportive. Les éléments vidéo, véritables « juges de paix » technologiques, ne laisseront que peu de place à l’ambiguïté.
L’enjeu est désormais double pour l’instance dirigée par Patrice Motsepe :
Restaurer l’autorité arbitrale, mise à mal par des intimidations physiques.
Sanctionner les membres de l’appareil administratif et médiatique, afin que la CAN ne devienne pas le réceptacle des frustrations géopolitiques ou institutionnelles.
Le football africain est à la croisée des chemins. Si la CAN Maroc 2025 brille par ses infrastructures et son niveau technique, elle ne pourra atteindre la postérité que si la discipline l’emporte sur l’anarchie. Le verdict du Jury disciplinaire sera, à n’en point douter, le véritable match de clôture de ces quarts de finale
GAËL TSALA NKOLO




