À quarante-huit heures d’un quart de finale titanesque face au Maroc, les Lions Indomptables ont pris leurs quartiers à Rabat ce mercredi. Entre la rigueur tactique imposée par David Pagou et l’éclosion phénoménale du jeune Christian Kofane, le Cameroun semble avoir retrouvé cette alchimie singulière, mélange de sérénité psychologique et de puissance brute.

La migration vers le sommet : le Cameroun prend ses quartiers à Rabat
Le voyage aura été bref mais symbolique. En quittant Agadir ce mercredi après-midi pour rallier la capitale chérifienne, la sélection camerounaise est entrée dans la phase critique de son épopée marocaine. Très tôt ce matin, sur la pelouse municipale d’Anza, David Pagou a dirigé une ultime session de 70 minutes. Le sélectionneur ne laisse rien au hasard : répétitions de circuits préférentiels, transitions défense-attaque et, surtout, une attention chirurgicale portée aux coups de pied de réparation, exercice devenu rituel depuis le début du rassemblement.
Dans la «tanière», l’atmosphère interpelle les observateurs. Nouhou Tolo et ses pairs affichent une tranquillité presque déconcertante. Point d’arrogance ici, mais une « humilité souveraine » qui sied aux grandes nations. Le rendez-vous est pris pour jeudi, 18 heures, à l’annexe 11 du complexe Mohamed VI, pour le dernier galop d’essai avant le choc de vendredi.
Christian Kofane : L’héritier du destin
Si le collectif impressionne, un nom électrise les discussions : Christian Kofane. À 19 ans, l’attaquant du Bayer Leverkusen ne se contente plus d’être une promesse ; il est devenu l’arme létale du dispositif camerounais. Son but salvateur contre l’Afrique du Sud (2-1) en huitièmes de finale n’est que la confirmation d’une ascension météoritique.
Passé de l’AS Nylon à la Bundesliga en moins d’un an, Kofane réveille les fantômes glorieux du passé. En devenant l’un des rares Lions à scorer en phase finale de CAN avant ses 20 ans, il s’inscrit dans le sillage de son idole, Samuel Eto’o. « Dans ma tête, ça va vite. J’essaye juste de profiter », confie-t-il avec cette candeur qui cache un tueur de surfaces. Sa puissance et sa vitesse, saluées par Simon Rolfes à Leverkusen, seront les clés pour déverrouiller le bloc marocain.
Le dilemme Mbeumo : Altruisme ou Ballon d’Or ?
Pourtant, cette victoire collective ne saurait occulter les débats tactiques et individuels qui animent les tribunes de presse. L’analyse pointue du journaliste Henry-Paul Diabate Manden met en lumière le cas Bryan Mbeumo. Si l’attaquant de Brentford est loué pour son abnégation défensive et son volume de jeu, d’aucuns l’appellent à plus d’égoïsme « sacré ».
Pour espérer détrôner Brahim Diaz ou Ademola Lookman dans la course au Ballon d’Or Africain 2025, Mbeumo doit se muer en finisseur. À l’instar du Docteur Théophile Abega en 1984, il reste trois matches à l’ailier pour « fabriquer sa légende ». Face au Maroc, le Cameroun aura besoin de ses guerriers, mais surtout de ses buteurs.
GAËL TSALA NKOLO