Au Cameroun, la question foncière prend une tournure critique. Dans des zones rurales comme Ndoukoula, Mokong ou Mayo Laddé (Extrême-Nord), l’injustice dans l’accès à la terre devient un facteur aggravant de pauvreté, d’insécurité alimentaire et de tensions sociales. À l’avant-garde de ce combat, Suzanne Satrebai, conseillère régionale de l’Extrême-Nord et présidente de l’association African Community Engagement (ACE), tire la sonnette d’alarme : « La terre, c’est notre vie. C’est notre droit. »

Femmes rurales : exclues des terres qu’elles cultivent
Seulement 8 % des femmes au Cameroun possèdent une terre en leur nom, alors qu’elles constituent l’épine dorsale de la production agricole. À Ndoukoula, Tokombéré, Koza, les femmes souffrent du double fardeau : la précarité climatique (sécheresses, inondations, perte de fertilité des sols) et l’inégalité foncière. « Moins de 3 % des femmes ont un titre foncier. Les traditions, la pauvreté et l’administration complexe les en empêchent », déplore Satrebai.
Projets agro-industriels : un accaparement sans justice
L’expansion des grands projets agricoles empire la situation. Selon l’élue régionale, plus de 60 % des terres agricoles dans le Nord sont cédées à des entreprises sans concertation avec les populations locales. Les femmes, premières impactées, perdent leurs moyens de subsistance sans compensation. Ces pratiques alimentent les conflits d’usage et sapent la cohésion sociale.
Vers une gouvernance foncière plus équitable : les réformes proposées
Suzanne Satrebai plaide pour quatre réformes urgentes :
1. Reconnaissance des régimes fonciers coutumiers, qui régissent plus de 75 % des terres rurales.
2. Simplification de l’immatriculation, aujourd’hui inaccessible pour les femmes peu lettrées ou non francophones.
3. Renforcement de la représentation féminine dans les commissions foncières locales.
4. Création de comités de veille foncière inclusifs et de centres d’accompagnement juridique de proximité.
Elle insiste : « Former les femmes à connaître leurs droits, regrouper les agricultrices en coopératives, et garantir des quotas de participation : c’est ça, le vrai levier de changement. »
Une réforme foncière pour résister au changement climatique
L’accès sécurisé à la terre permettrait aux femmes d’investir dans des pratiques durables comme l’agroécologie, l’irrigation, ou encore le reboisement. Satrebai cite l’exemple du Mayo-Kani, où des femmes ont obtenu des terres, accédé à des microcrédits, et augmenté leurs revenus de 35 % en deux ans, freinant l’exode rural des jeunes.
Un message clair aux autorités et partenaires internationaux
Pour l’élue, la réforme foncière doit devenir une priorité stratégique : « Le Cameroun est à un tournant. Reconnaître la terre comme un droit humain pour les femmes rurales, c’est bâtir un futur plus juste, plus résilient et plus pacifique. »