Cyber-violences : De Garoua, un Appel Urgent à la Santé Mentale et à la Riposte Juridique

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Face à l’explosion des agressions en ligne, l’Alliance Française de Garoua a organisé, dans le cadre de la Quinzaine des Droits Humains et de Novembre Numérique, une conférence-débat stratégique intitulée « Comment Lutter Contre les Violences Numériques ? ». Loin d’une simple riposte technique ou légale, cette rencontre a mis en lumière l’urgence d’une approche holistique : désormais, la santé mentale des victimes – particulièrement celles des Violences Basées sur le Genre (VBG) – doit être la priorité. De l’intégration des Premiers Secours Psychologiques (PSP) à la mobilisation d’un arsenal juridique méconnu, experts et victimes appellent à une action immédiate pour transformer un cyberespace hostile en un lieu de résilience et de droit, face aux cyber-chantages et au harcèlement qui infligent des cicatrices invisibles.

À l’intersection des défis sociétaux et de la transformation digitale, l’Alliance Française de Garoua a été le théâtre d’un événement crucial pour la défense des droits fondamentaux. Dans le cadre de la Quinzaine des Droits Humains et de Novembre Numérique, une conférence-débat a soulevé la question : « Comment Lutter Contre les Violences Numériques ? »

Modérée par Raïssa Mandeng, Animatrice Culturelle, la rencontre a souligné la nécessité d’une approche holistique, transcendant la riposte technique pour se concentrer sur l’urgence d’une prise en charge psychologique des victimes, particulièrement touchées par la recrudescence des Violences Basées sur le Genre (VBG) en ligne.

Le Numérique, Nouveau Front des VBG


Loin de se circonscrire aux blessures physiques, les violences dans l’espace numérique infligent des cicatrices psychologiques invisibles, mais profondément dévastatrices. Les intervenants ont déconstruit les mécanismes de la violence, y voyant non pas des actes isolés, mais le produit de facteurs systémiques :

Les stéréotypes de genre qui assignent des rôles rigides.

Les inégalités de pouvoir qui fertilisent l’abus.

Les normes sociales et culturelles qui tendent à banaliser l’agression.

Ferdinand Tchang Paldou, Journaliste et Fact Checker, a mis en exergue la vulnérabilité accrue des femmes : « La présence des femmes sur internet les expose davantage aux risques liés aux violences numériques. » Ces risques se manifestent par une panoplie d’agressions documentée par Hawoua Samira Epse Djoubairou, Chef de service de l’audit de sécurité et de la veille sécuritaire à l’ANTIC Nord : « Les violences numériques que nous rencontrons dans notre pays sont généralement les cyber chantages, les cyber harcèlement, la pédophilie sur les mineurs… Nous avons également la propagation de fausses nouvelles et de la haine. »

La Santé Mentale au Cœur de la Résilience


Le moment fort de la conférence fut l’intervention magistrale du Dr. Cedric Sisi, Médecin Psychiatre à l’Hôpital Général de Garoua. Le Dr. Sisi a insisté sur l’intégration des Premiers Secours Psychologiques (PSP) comme pierre angulaire de la lutte. Cette approche vise à fournir un soutien immédiat aux personnes en détresse, fondé sur l’écoute active, la confidentialité et l’orientation spécialisée.

Ce plaidoyer a été particulièrement éclairant pour les participants. Nadia Djouldé, Mannequin et Créatrice de contenus numériques, a partagé un témoignage poignant : « J’ai eu à faire face à plusieurs types de violences numériques mais jamais je n’avais fait recours à un spécialiste. J’ai dû tout surmonter seule. Grâce au débat de ce jour, j’ai été édifiée sur les possibilités qui se présentent aux victimes… pour préserver notre santé mentale… C’est frustrant et très dérangeant de se rendre compte de la façon dont la société peut se constituer un bourreau! »

Son expérience, comme celle d’autres victimes, souligne l’urgence de briser le silence. Pour Soreyatou, une autre participante, « il faut que les femmes s’ouvrent et dénoncent les violences qu’elles subissent. » Les PSP sont l’outil essentiel pour les accompagner dans cette démarche de reconstruction.

Dr. Sangong Job, Chargé de cours à la FSJP de l’Université de Garoua

Un Arsenal Juridique Solide, Encore Méconnu


Face à la sophistication des agressions numériques, la réponse ne peut être uniquement psychologique. Elle doit être appuyée par une riposte légale.

Le Dr. Sangong Job, Chargé de cours à la FSJP de l’Université de Garoua, a dressé un inventaire détaillé de l’arsenal juridique camerounais :

La Loi de 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité.

La Loi de 2023 relative à la protection de l’enfant en ligne.

La Loi de 2024 relative à la protection des données personnelles.

Les textes constitutifs d’institutions comme l’ANTIC et l’ART.

« Nous avons un intéressant arsenal juridique qui permet d’avoir un grand ensemble de réponses aux questions qui peuvent se poser sur les violences numériques », a affirmé le Dr. Sangong. Cet arsenal offre aux victimes la possibilité de « faire recours aux juridictions compétentes pour réparations », comme l’a appris Nadia Djouldé.

La conférence de Garoua, au-delà de la sensibilisation, a donc servi de catalyseur. Les témoignages et les expertises ont souligné une volonté commune de créer une communauté de soutien résiliente. Le chemin, semé d’embûches et de résistances culturelles, exige désormais de traduire cet arsenal théorique et ce plaidoyer psychologique en actions concrètes pour une citoyenneté numérique plus sûre et plus respectueuse.

GAËL TSALA NKOLO