Alors que le Cameroun parachève l’architecture de sa décentralisation avec le renouvellement des Conseils régionaux du mois de novembre de l’an 2025 , une révolution silencieuse s’opère dans les travées de l’Hôtel Newton Palace à Garoua. Sous l’impulsion du Projet UNPRPD, les élus locaux s’attellent à un défi de civilisation : transformer la gestion des affaires publiques en un modèle de développement local inclusif, où le handicap n’est plus une marge, mais une composante centrale de la planification.

L’image est symbolique de la nouvelle ère de décentralisation entamée le 30 novembre dernier. Dans l’écrin feutré de Newton palace de Garoua, les conseillers régionaux du Nord côtoient les représentants des Organisations de Personnes Handicapées (OPH) et les cadres du Ministère des Affaires Sociales (MINAS) dans le cadre d’un atelier de renforcement de capacités organisé du 19 au 20 janvier 2026 par le Bureau Régional pour l’Afrique centrale du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme . Ce dialogue, orchestré sous l’égide du Projet UNPRPD — un partenariat onusien impliquant le CNUDHD-AC, l’UNFPA et l’UNESCO — ne se veut pas une simple formalité administrative. Il s’agit d’une refonte doctrinale du développement local.
Un impératif juridique et éthique
Le cadre est posé : avec environ 3,4 millions de citoyens vivant avec un handicap au Cameroun, l’inclusion n’est plus une option caritative, mais une obligation légale. La ratification, le 28 septembre 2023, de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées a marqué un tournant. Elle impose désormais d’aligner la gestion des affaires locales sur des standards internationaux de dignité et d’équité.
Saliou Karimou, conseiller régional du Nord, porte cette ambition avec une lucidité remarquable sur le rôle de la nouvelle mandature. Selon lui, la première phase des conseils (2020-2025) fut celle de l’incubation. Désormais, l’heure est à la mesure de l’impact social :
« Il est impératif de trouver des solutions adéquates en respectant le cadre légal pour une amélioration effective des conditions de vie. Les projets validés jusqu’ici, comme ceux du PROLOG, intégraient déjà des rampes d’accès physiques. Mais aujourd’hui, il s’agit de ressortir l’action spécifique pour chaque type de population sans se limiter à la zone géographique. »
Cette analyse souligne le passage de l’accessibilité physique (le bâtiment) à l’accessibilité décisionnelle (la participation aux politiques publiques).
De la rampe d’accès à la citoyenneté active
Le passage de la théorie à la pratique constitue le cœur des échanges. Si la première mandature des conseils régionaux a permis des avancées visibles — à l’instar des rampes d’accès dans les bâtiments construits via le programme PROLOG — l’ambition actuelle est plus vaste. Elle touche à la « planification inclusive ».
La méthodologie de l’atelier, mêlant études de cas et travaux de groupe, force les élus à déconstruire les préjugés. Le langage change : on ne parle plus de « charité », mais de « droits ». L’accompagnement technique, comme l’explique le représentant de la Délégation Régionale des Affaires Sociales du Nord, s’articule autour d’outils concrets : établissement de cartes d’invalidité et facilitation de l’insertion socioprofessionnelle.
Vers une Gouvernance de Proximité et de Dialogue
Le témoignage de Youssoupha, délégué régional de la plateforme Inclusive Society for Person with Disabilities, illustre l’espoir suscité par cette ouverture :
« Cet atelier nous apporte une opportunité nouvelle d’être avec des décideurs qui nous étaient inconnus. Il nous offre une accessibilité en termes de collaboration avec le Conseil Régional du Nord pour nous inclure dorénavant dans leurs actions. »
Pour le Dr. Ordy Betga, expert en droits humains à la manœuvre de ces travaux, la pédagogie est claire : la gestion des affaires locales doit désormais s’aligner sur les standards internationaux de dignité. Avec la ratification, en septembre 2023, de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, l’inclusion est passée du statut de « bonne volonté » à celui d’obligation légale.
Cette déclaration résonne comme un appel à une gouvernance contractuelle. Le développement ne peut être qualifié de « durable » que s’il est irrigué par l’équité. En filtrant chaque projet — qu’il s’agisse de santé, d’éducation ou d’infrastructures — par le prisme de l’inclusion, la région du Nord ne fait pas qu’appliquer une directive internationale : elles inventent le Cameroun de demain : faire en sorte que chaque projet régional soit passé au filtre de l’inclusivité. Car, comme le rappelle l’esprit de la résolution 48/96 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le développement ne peut être continuel que s’il ne laisse personne au bord du chemin.
Les travaux se poursuivent dès demain avec des modules pratiques, où les conseillers devront traduire ces principes en lignes budgétaires et en plans d’action concrets. La révolution silencieuse de Garoua est en marche.
GAËL TSALA NKOLO