Le coup d’envoi d’un atelier stratégique de renforcement des capacités a été donné ce lundi 19 janvier 2026 à l’hôtel Newton Palace. Sous l’égide du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, les conseillers régionaux du Nord s’approprient les leviers juridiques et opérationnels pour transformer la gestion locale en un modèle d’inclusivité.
L’ambition est claire : faire de la décentralisation un levier d’émancipation et non un vecteur d’exclusion. En réunissant les élus régionaux du Nord autour de la thématique de la prise en compte des personnes handicapées dans les politiques publiques, le Bureau régional pour l’Afrique centrale du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) s’attaque à un angle mort persistant du développement local.

Un impératif de compétence pour les élus
L’enjeu de ces assises dépasse la simple sensibilisation. Il s’agit d’une véritable mise à niveau technique sur les instruments internationaux et l’arsenal juridique national. Le Dr Ordy Betga, expert en droits humains et facilitateur des travaux, a d’emblée rappelé que la promotion des droits des personnes vulnérables n’est pas une option morale, mais une responsabilité institutionnelle incombant aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD).
À travers des modules alliant théorie doctrinale et ateliers pratiques, les conseillers régionaux sont invités à repenser l’architecture de leurs projets de développement sous le prisme de l’accessibilité universelle.

Trois questions au Dr Ordy Betga, Expert en droits humains
- Dans un contexte de crises humanitaires récurrentes dans le Grand Nord, comment concilier urgence sécuritaire et inclusion des personnes handicapées ?
« La protection des personnes handicapées ne peut être reléguée au second plan, même en période de crise. Nous préconisons une approche à “double mandat”. D’une part, une protection immédiate qui garantit l’accès sécurisé aux abris et aux soins via des mécanismes d’alerte précoce inclusifs. D’autre part, une vision de long terme où l’inclusion est inscrite dans les stratégies de résilience : infrastructures accessibles, éducation inclusive et autonomisation économique. Il s’agit de répondre à l’urgence tout en bâtissant une société durablement protectrice. »
- Comment s’assurer que les élus locaux passent de la compassion à une réelle obligation de résultats ?
« Il faut changer de paradigme : l’inclusion est une obligation légale, pas une faveur. Le levier principal reste le cadre juridique contraignant, notamment la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). La transformation repose sur la redevabilité. Cela passe par une budgétisation sensible au handicap et la mise en place de mécanismes de suivi. Les droits doivent être “justiciables” : les citoyens et leurs organisations représentatives doivent pouvoir exiger, devant les institutions, la mise en œuvre effective de ces engagements. »
- Quels indicateurs simples la Région du Nord peut-elle adopter pour évaluer ses progrès sans complexifier son administration ?
« L’évaluation doit être transparente et co-construite avec les personnes concernées. Nous suggérons quatre indicateurs clés : l’accès effectif aux services essentiels (santé, éducation), le taux d’accessibilité des infrastructures publiques, le degré de participation des personnes handicapées aux instances de décision, et enfin, leur autonomisation économique. Le principe est simple : rien ne doit se faire pour elles sans elles. »

Vers une « Justiciabilité » des droits
L’atelier de Garoua marque une étape cruciale dans l’appropriation des politiques sociales par les exécutifs régionaux. En mettant l’accent sur la transformation du cadre normatif en actions budgétisées, le HCDH et les experts entendent faire du Conseil Régional du Nord un laboratoire de l’inclusion.
Alors que les travaux se poursuivent en groupes techniques, une certitude émerge : la modernisation de l’action publique locale se mesurera, à l’avenir, à sa capacité à ne laisser personne sur le bord du chemin.
GAËL TSALA NKOLO




