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ENEO au Nord Cameroun : Le Climat ou l’Incurie ?

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Alors que les coupures d’électricité persistent, plongeant régulièrement le Nord Cameroun dans l’obscurité, ENEO multiplie les communiqués attribuant la faute à la nature. Baisse du débit du barrage de Lagdo, réduction de l’ensoleillement à Guider… Ces arguments, pourtant, sonnent creux face à une réalité amère : celle d’un service public défaillant et d’une population exaspérée. Loin d’être une fatalité climatique, la crise énergétique dans le Septentrion révèle plutôt la faillite d’un opérateur et l’urgence d’une refonte profonde du secteur.

L’Échec d’ENEO : Bien Plus Qu’une Simple Baisse des Eaux

ENEO, concessionnaire du service public d’électricité, a pour mission de produire, transporter et distribuer l’énergie. Or, depuis des années, l’opérateur est pointé du doigt pour son manque d’investissement, son incapacité à diversifier ses sources, et un entretien défaillant du réseau. Il est inadmissible qu’en 2025, des villes entières soient privées d’électricité pendant des jours, alors qu’ENEO continue de percevoir des factures et des subventions sans résultats visibles. La récente « visite de presse » organisée par ENEO pour évoquer l’étiage de Lagdo et les efforts de diversification est perçue par beaucoup comme une diversion.

L’Argument Climatique : Un Rideau de Fumée

Le Nord est certes exposé à des aléas naturels. Mais ces réalités ne sauraient justifier un effondrement aussi constant. Aucun plan d’urgence n’est communiqué, aucune infrastructure de stockage d’énergie à grande échelle n’a vu le jour, et les énergies renouvelables locales restent à l’état embryonnaire. Se cacher derrière le climat, c’est refuser la responsabilité.

L’Arrogance d’un Monopole Déconnecté des Réalités

ENEO, majoritairement détenue par des capitaux privés, jouit d’un quasi-monopole. Cette position dominante la soustrait à tout contrôle citoyen réel. Pendant que Garoua, Maroua ou Ngaoundéré restent dans le noir, les dirigeants d’ENEO semblent indifférents. L’énergie est un droit fondamental, non un luxe. L’indignation grandit. La double vocation de l’eau évoquée par Eneo (énergie + irrigation) ne masque plus l’inaction.

Une Injustice Énergétique Structurelle

Le Nord Cameroun paie le prix d’une marginalisation politique ancienne. Alors que les investissements lourds se concentrent au Sud (Nachtigal, Memve’ele), la région septentrionale survit avec un barrage vieillissant (Lagdo) et une centrale solaire sous-dimensionnée (Guider). Le déséquilibre est flagrant. La diversification du mix énergétique doit devenir un impératif de justice territoriale.

Des Actes, Pas des Discours

Les populations du Nord exigent :

              •            un audit public indépendant de la gestion d’ENEO ;

              •            des sanctions contre les responsables de cette crise ;

              •            l’ouverture du secteur à d’autres acteurs (publics, communautaires ou privés) ;

              •            des investissements sérieux dans le solaire, la biomasse et l’électrification décentralisée.

ENEO n’est pas victime du climat. C’est le Nord qui est victime d’ENEO.

Un opérateur responsable anticipe, investit et diversifie. Lagdo n’est pas une excuse. L’ensoleillement non plus. L’obscurité qui plane sur le Nord n’est pas une fatalité : elle est le symptôme d’un abandon. Le temps est venu de reprendre le contrôle d’un bien commun trop longtemps confié à un acteur qui ne rend aucun compte.

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