ENQUÊTE/CRISE ÉNERGETIQUE : Le solaire, une promesse sous haute tension financière

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Alors que les délestages chroniques perturbent le Nord et l’arrière-pays, l’énergie solaire s’affirme comme une alternative de recours pour des populations en quête de stabilité. Si le potentiel climatique du pays plaide pour une transition rapide, le coût élevé des équipements et l’absence de soutiens financiers publics freinent sa démocratisation. Entre paradoxes institutionnels et investissements inaccessibles pour les ménages modestes, le photovoltaïque demeure une promesse suspendue à une véritable volonté politique.

Dans la région du Nord comme dans plusieurs localités de l’intérieur du pays, l’obscurité n’est plus un choix, mais une contrainte. Les délestages répétés dictent désormais le rythme de la vie économique et domestique, transformant la gestion du quotidien en un véritable défi logistique. Face à ce réseau défaillant, l’énergie photovoltaïque s’invite dans le débat public comme une alternative évidente, bien que son déploiement se heurte encore à des réalités structurelles persistantes.

L’atout climatique face à la précarité du réseau

Pour de nombreux usagers, le passage au solaire relève d’une logique implacable dictée par la géographie. Madame Balkissou, commerçante à Mayo-Oulo, y voit une opportunité de souveraineté individuelle. Selon elle, l’ensoleillement abondant de la région du Nord constitue un gisement inexploité qui permettrait de briser la dépendance aux fluctuations du réseau national tout en s’inscrivant dans une démarche écologique.

Cette quête d’autonomie est partagée par Monsieur Dounya, résident de Tourwa. Toutefois, si l’adhésion au concept est totale, le pragmatisme reprend vite ses droits. La transition énergétique se confronte ici à une barrière d’entrée majeure : l’investissement initial.

Un investissement lourd pour des ménages essoufflés

Le paradoxe du solaire réside dans sa rentabilité à long terme opposée à son coût d’acquisition immédiat. Monsieur Dakbo, professeur d’anglais, souligne que la démocratisation de cette technologie est entravée par trois facteurs : le prix élevé des équipements, l’absence de mécanismes de financement adaptés aux revenus modestes et un déficit criant de sensibilisation technique.

Cette difficulté financière pousse certains citoyens vers des solutions de repli. À Ngong, Monsieur Souloukna, cadre contractuel , envisage ainsi le groupe électrogène comme un compromis nécessaire, malgré les nuisances sonores et le coût récurrent du carburant, preuve que l’immédiateté de la réponse l’emporte souvent sur la durabilité.

Les zones d’ombre de la politique énergétique

Au-delà de l’aspect technique, la question solaire soulève des interrogations sur la stratégie de l’État. Monsieur Laminou, opérateur économique à Laïndé-Karewa, pointe une ambiguïté institutionnelle. Le schéma actuel, impliquant la production nationale, le transport et la distribution , semble difficilement compatible avec une promotion active de l’autoproduction solaire, perçue par certains comme une concurrence directe au modèle centralisé.

Cette confusion est exacerbée par un sentiment d’injustice sociale. Madame Aïssatou , enseignante à Pintchoumba, s’étonne de voir le pays exporter de l’électricité alors que la demande intérieure peine à être satisfaite. Un paradoxe qui nourrit le scepticisme des populations : pourquoi investir massivement dans des panneaux coûteux alors que le service public, censé être garanti, se dégrade ?

Vers une réforme nécessaire

Le diagnostic est clair : l’énergie solaire possède tous les attributs d’une solution pérenne pour pallier les insuffisances du réseau. Elle offre une réponse adaptée au climat et un espoir de stabilité pour les activités économiques locales. Pourtant, sans une politique incitative forte — réduction des taxes sur le matériel, micro-crédits dédiés ou subventions ciblées — le solaire restera un luxe inaccessible pour la majorité.

En l’absence de réformes ambitieuses, les ménages continuent de naviguer entre l’espoir d’une lumière constante et la réalité d’un quotidien rythmé par les coupures. La transition énergétique, bien qu’engagée dans les esprits, attend encore son véritable coup d’envoi financier.

GAËL TSALA NKOLO