Alors que le marché mondial de la finance islamique pèse plus de 3 200 milliards de dollars, son ancrage en zone CEMAC reste timide. Pour l’expert Hassan Belibi Noah, il s’agit pourtant d’un écosystème complet et d’une formidable niche de développement, bridée par la méconnaissance et un cadre réglementaire inadapté. Analyse d’une opportunité économique majeure.
Loin d’être un simple produit bancaire exotique, la finance islamique est « un système intégré et complet », martèle Hassan Belibi Noah, l’un des ardents promoteurs de ce modèle économique en Afrique Centrale. Intervenant lors d’une conférence sur la productivité et l’économie du territoire, il a dépeint un secteur au potentiel immense, mais encore largement incompris et sous-utilisé dans la sous-région.

« La finance inclusive par excellence »
Pour l’expert, la principale force de la finance islamique réside dans son caractère intrinsèquement inclusif. « Elle structure l’ensemble de la vie financière d’un individu », explique-t-il, la différenciant ainsi des produits bancaires classiques. En se fondant sur des principes éthiques comme le partage des profits et des pertes et l’interdiction de l’intérêt (l’usure), elle offre une alternative crédible pour des millions de personnes exclues du système traditionnel.
« C’est la clé pour tous ceux qui recherchent réellement le développement », insiste M. Belibi Noah. En finançant l’économie réelle et en favorisant des projets concrets, ce système est un formidable gisement d’opportunités. « C’est une niche extraordinaire pour la création d’emplois », affirme-t-il, soulignant son potentiel à catalyser l’entrepreneuriat et à soutenir les PME, véritables poumons de l’économie locale.
Les freins majeurs : Méconnaissance et réglementation
Malgré ces atouts, le déploiement de la finance islamique en zone CEMAC se heurte à des obstacles de taille. Le premier, et non des moindres, est un déficit criant de notoriété et de compréhension. « Le système reste mal connu et mal apprécié », déplore l’expert. Ce manque de vulgarisation est aggravé par une pénurie de professionnels formés à ses mécanismes complexes, bien loin des schémas de la banque conventionnelle.
Le second défi est d’ordre structurel et réglementaire. Le cadre actuel, notamment celui de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), est pensé pour la finance classique. De ce fait, plusieurs principes de la finance islamique sont perçus comme « non compatibles ». Cette inadéquation réglementaire freine les investisseurs et les institutions qui souhaiteraient se lancer, créant un climat d’incertitude juridique et opérationnelle.
Une opportunité à ne pas manquer
Le contraste est saisissant : pendant que la zone CEMAC tâtonne, le secteur financier islamique mondial continue sa croissance fulgurante. Les 3 200 milliards de dollars d’actifs gérés à l’échelle planétaire témoignent de sa viabilité et de son attractivité.
Pour les partisans de ce modèle, il est urgent que les décideurs politiques et les autorités monétaires de la CEMAC prennent la mesure de cette opportunité. Cela passerait par :
L’adaptation du cadre réglementaire pour créer un environnement propice à l’émergence de banques et de fenêtres islamiques.
La sensibilisation et la formation des acteurs économiques, des régulateurs et du grand public pour démystifier le secteur.
La promotion active des solutions de financement islamique comme outils de lutte contre la pauvreté et de stimulation de l’économie réelle.
la finance islamique ne doit pas être vue comme une stratégie politique ou une alternative concurrentielle, mais comme un puissant complément à l’écosystème financier existant. En levant les verrous réglementaires et en comblant le déficit de connaissance, la CEMAC pourrait enfin libérer le potentiel d’un secteur qui a déjà fait ses preuves ailleurs, et ainsi paver la voie à un développement plus inclusif et durable.
GAËL TSALA NKOLO