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Johannesburg 2025 : Dix ans après, l’Afrique à la croisée des chemins face aux Flux Financiers Illicites et pour une souveraineté fiscale repensée

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La 13e Conférence Panafricaine sur les Flux Financiers Illicites (FFI) et la Fiscalité (PAC), qui s’est tenue du 7 au 10 octobre 2025 à Johannesburg, n’a pas été un simple exercice de routine. Elle fut une joute intellectuelle et politique stratégique, marquant symboliquement le dixième anniversaire de la publication du rapport inaugural et structurant du Panel de Haut Niveau (HLP) présidé par S.E. Thabo Mbeki. Ce jalon temporel a permis d’évaluer non seulement l’étendue de l’échec partiel, mais surtout la maturation des revendications africaines dans l’arène de la gouvernance fiscale mondiale.

Bilan critique : Le mirage de la décennie et la persistance des saignements

Le cœur des débats a convergé vers un bilan contrasté de la décennie écoulée. Malgré une sensibilisation accrue et l’adoption de cadres réglementaires, le fléau des FFI – estimé à des dizaines de milliards de dollars annuellement – continue de siphonner les capitaux africains, compromettant intrinsèquement les objectifs d’industrialisation et de développement du continent. Les plaidoyers en faveur de la justice fiscale, portés par des acteurs comme la Commission de l’Union Africaine (CUA), la CEA-ONU, et des organisations de la société civile dont le CRADEC, ont souligné la nécessité d’une approche plus militante et unifiée.

L’analyse de fond a mis en lumière l’inadéquation des solutions cosmétiques face à la complexité systémique des FFI. Les flux illicites ne sont pas uniquement le fait de la corruption ou de la criminalité organisée ; ils sont largement facilités par des architectures financières et des dispositifs fiscaux internationaux obsolètes et asymétriques, qui favorisent l’optimisation agressive et l’évasion fiscale des multinationales.

La Décolonisation Fiscale : Vers une nouvelle architecture économique africaine

L’axe le plus novateur et le plus radical de cette conférence a sans doute été l’appel à la « décolonisation de l’architecture financière mondiale ». Ce concept, qui dépasse la simple critique, vise à restaurer la souveraineté économique de l’Afrique en contestant la prédominance des cadres normatifs établis par les puissances occidentales et les institutions de Bretton Woods.

La mobilisation des ressources internes (MRI) n’est plus perçue comme un simple objectif technique, mais comme un acte de souveraineté fiscale. La politique fiscale est désormais envisagée comme un véritable levier d’industrialisation, capable de financer les infrastructures, d’investir dans le capital humain et de structurer des chaînes de valeur régionales, à condition qu’elle soit intelligemment progressive et équitable. Le lancement d’outils de suivi innovants témoigne par ailleurs de l’engagement à quantifier et à rationaliser l’action anti-FFI, transformant l’idéal politique en indicateurs de performance mesurables.

Transparence, Multinationales et Climat : L’urgence des sessions parallèles

Les sessions thématiques, lieux d’échanges d’experts de haut niveau, ont permis d’opérationnaliser les grandes orientations. La question de la transparence des bénéficiaires effectifs (BE) est apparue comme le talon d’Achille des dispositifs anti-blanchiment, appelant à l’adoption de registres publics et facilement accessibles.

Parallèlement, la fiscalité des multinationales et des grandes fortunes a dominé les débats sur la justice redistributive. La quête d’une juste répartition des droits d’imposition (pilier 2 de l’OCDE) doit être calibrée pour ne pas désavantager les économies africaines à faible capacité administrative. Le lien entre la dette illégitime, largement alimentée par les FFI, et l’impératif de financement de l’action climatique a, lui, révélé une nouvelle dimension : les recettes fiscales perdues pourraient potentiellement combler une partie significative du déficit de financement climatique du continent.

Conclusion : Vers une Gouvernance Fiscale Panafricaine Refondée

Cette 13e PAC de Johannesburg s’impose comme une étape décisive. Elle a non seulement réaffirmé l’urgence de la lutte contre les FFI, mais a surtout marqué le passage d’une posture de simple demandeur d’aide à celle d’acteur revendiquant la transformation en profondeur de la gouvernance fiscale mondiale.

Le défi qui attend désormais la CUA et la société civile est triple : institutionnaliser les cadres anti-FFI au niveau national, harmoniser les politiques fiscales régionales, et négocier avec une voix forte et unifiée pour une refonte radicale des normes internationales. Sans cette refondation de la souveraineté fiscale, l’aspiration à une transformation économique durable et à une justice sociale pérenne en Afrique restera une illusion perpétuellement menacée.

GAËL TSALA NKOLO

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