À l’occasion de la célébration, ce 21 avril 2026, de la Journée mondiale de la Créativité et de l’Innovation, Louise Tekapso, Cheffe de la Cellule de la Recherche, du Développement et de l’Innovation au FEICOM, livre une analyse dense sur le rôle stratégique de l’ingénierie intellectuelle dans le financement des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Entre intégration de l’intelligence artificielle et transformation économique des communes vulnérables, entretien avec une responsable au cœur de la modernisation institutionnelle.
Une vigie au service de l’action publique
L’existence d’une structure dédiée à la recherche au sein du Fonds Spécial d’Équipement et d’Intervention Intercommunale (FEICOM) ne relève pas de la simple nomenclature administrative. Pour Louise Tekapso, cette cellule répond à une exigence de lucidité : celle d’éviter qu’une institution publique ne finance le passé dans un monde en mutation accélérée.
« Notre mission est de produire de la connaissance au service de l’action », précise-t-elle. Cette ambition s’articule autour de trois piliers majeurs : une veille stratégique sur les dynamiques urbaines, la conduite d’études diagnostiques pour orienter les investissements, et l’incubation de solutions techniques ou numériques. En somme, la cellule se positionne comme le laboratoire d’idées de l’institution, veillant à ce que chaque financement réponde à une pertinence prospective.
L’innovation : une nécessité opérationnelle pour les ODD
Le thème de l’édition 2026, axé sur l’exploitation de la créativité pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), trouve une résonance concrète dans les chantiers actuels du FEICOM. Face à la rareté des ressources, Louise Tekapso soutient que la créativité n’est plus un luxe, mais un impératif de gestion.
Trois projets majeurs illustrent cette dynamique :
La stratégie IA-FEICOM : Une étude diagnostique est en cours pour intégrer l’intelligence artificielle dans la gestion des données de projets et l’analyse prédictive des besoins communaux. L’objectif est d’aboutir à une prise de décision plus agile et scientifiquement documentée.
Les Noyaux Urbains : Ce projet vise à transformer les centres-villes en écosystèmes intégrés. Il ne s’agit plus seulement de bâtir des infrastructures isolées, mais de concevoir des prototypes de développement urbain reproductibles, alliant capital humain et connectivité.
Le Programme de Transformation Économique des Communes à Revenus Faibles (PTECRF) : C’est sans doute le volet le plus politique. Il s’agit de rompre avec la dépendance structurelle des communes vis-à-vis des subventions étatiques en encourageant des projets productifs capables de générer une richesse locale autonome.
Les défis de la “translation” institutionnelle
Toutefois, le chemin de l’innovation en milieu administratif reste semé d’embûches. Louise Tekapso identifie sans détour les obstacles culturels. Innover implique d’accepter un “risque mesuré”, une notion parfois antinomique avec la culture de stricte conformité procédurale propre aux administrations publiques.
Au-delà des moyens matériels et de la fiabilité des données, le défi majeur demeure celui de la « translation » : la capacité à transformer une étude de cinquante pages en une réalité tangible sur le terrain. « L’innovation qui reste dans un rapport n’est pas de l’innovation, c’est de la documentation », assène-t-elle avec une rigueur toute professorale.
Un impératif pour l’avenir
La Cheffe de Cellule rappelle que la créativité est l’outil privilégié des nations en construction. Pour le FEICOM, chaque franc investi doit porter l’empreinte d’une réflexion préalable pour garantir une transformation durable. Un appel est ainsi lancé aux élus locaux et aux techniciens pour qu’ils s’approprient cette culture de l’ingénierie, seule garante d’une décentralisation performante et d’un avenir urbain maîtrisé.
GAËL TSALA NKOLO
