Home Actualités Le divorce stratégique de l’UNDP et du RDPC : une manœuvre pour...

Le divorce stratégique de l’UNDP et du RDPC : une manœuvre pour la présidentielle 2025 ?

0

Plus de trente ans après un mariage de raison qui a façonné le paysage politique camerounais, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) semblent sur le point de se séparer. Alors que la présidentielle de 2025 approche, le chef de l’UNDP, Bello Bouba Maïgari, envisage une candidature indépendante, un tournant qui soulève une question fondamentale : s’agit-il d’un véritable retour dans l’opposition ou d’une stratégie orchestrée pour consolider la domination du parti au pouvoir ?

Une alliance historique, une rupture annoncée


Depuis 1994, l’alliance entre l’UNDP et le RDPC a été un pilier de la stabilité politique, mais aussi une source de frustration. En ralliant le parti de Paul Biya à l’époque, l’UNDP avait brisé l’élan d’une opposition naissante, privant le Cameroun d’une potentielle alternance historique. Aujourd’hui, le scénario s’inverse. Les tensions entre les deux alliés sont devenues de plus en plus visibles, notamment dans l’Adamaoua, bastion historique de l’UNDP. La conquête de communes entières par le RDPC lors des municipales de 2020 et la nomination de Théophile Baoro, une figure du RDPC, dans la région, ont été perçues comme une offensive directe. Pour Saïdou Maïdadi Yaya, membre du bureau politique de l’UNDP, cette rupture est un fait acquis : le parti se prépare à présenter son propre candidat, Bello Bouba Maïgari, pour reconquérir son rôle d’acteur majeur.

Repositionnement ou stratégie de balisage ?


Cependant, de nombreux observateurs demeurent sceptiques. L’ombre de la décision de 1994 plane toujours, et l’UNDP est souvent perçue comme un “faux opposant”. Pour des analystes comme Adamou Hamadama dit Danjouma, le divorce n’a pas encore eu lieu. Il insiste sur la stratégie d’influence de l’UNDP, qui consiste à rester aux postes de décision pour défendre les intérêts de ses militants. La non-démission de plusieurs cadres du parti, qui conservent leurs fonctions dans l’administration et au Parlement, semble conforter cette thèse.

Dans cette optique, la candidature de Bello Bouba Maïgari pourrait être une manœuvre calculée. Loin d’être une véritable opposition, elle pourrait avoir pour objectif de diviser les voix de l’opposition, en attirant des électeurs historiquement liés à l’UNDP, tout en restant dans une logique de préservation des intérêts du parti et de ses membres. Cette tactique permettrait au RDPC de conserver son assise électorale en faisant face à une opposition encore plus fragmentée, et en se garantissant une victoire finale facilitée. L’UNDP, en échange, pourrait conserver son influence et son poids politique dans le paysage institutionnel, sans rompre réellement les ponts.

Un test de maturité pour la démocratie camerounaise

L’enjeu est de savoir si les acteurs politiques, les institutions comme Elecam, la société civile et les médias sauront jouer leur rôle avec responsabilité pour éviter une crise. Le discours du président Biya sur la nécessité de compter sur soi et de rester unis résonne avec l’idée d’une émergence des mentalités, une fierté nationale qui doit primer sur les querelles partisanes. C’est dans ce contexte que la candidature de Bello Bouba Maïgari, un vétéran de la politique, sera examinée. À 76 ans, le leader de l’UNDP joue-t-il sa dernière carte pour se réhabiliter aux yeux de son peuple, ou participe-t-il, sciemment ou non, à un scénario qui balise le chemin du RDPC vers une nouvelle victoire ? L’avenir nous le dira, mais le suspense est à son comble.

GAËL TSALA NKOLO

Quitter la version mobile