LE PLASTIQUE ET LE CIVISME : À Garoua, la gestion des immondices à l’épreuve de la rationalité domestique

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Alors que la Communauté urbaine déploie une dotation présidentielle de conteneurs hermétiques au cœur des chefferies traditionnelles, la transition de l’insalubrité périphérique vers une discipline hygiéniste durable révèle les tiraillements entre usages coutumiers et impératifs de la modernité urbaine .

L’intégration de Ndjoumassi dans ce circuit de distribution transcende la simple chronique de la salubrité publique ; elle l’inscrit dans une double rationalité, politique et sociologique. Cette dotation, issue d’une initiative de la présidence de la République et matérialisée par la Communauté urbaine, révèle les mécanismes contemporains de la gouvernance locale au Cameroun. L’atteinte des standards de salubrité — cristallisée par l’émulation du concours de la ville la plus propre — exige désormais la requalification des comportements quotidiens.

Aïssatou Ladi Lanvou, Directrice de l’environnement et du cadre de vie à la Communauté urbaine de Garoua, détaille l’opération sur le terrain :

« Nous sommes présentement au Lawana de Djoumassi pour la remise des bacs, don du chef de l’État. Comme au début de la caravane, les récipiendaires se font enregistrer et nous venons remettre les bacs individuellement. Les strictes recommandations du maire de la ville sont que chaque ménage ait un bac à ordures et en fasse bon usage. »

Mme. Aïssatou Ladi Lanvou,Directeur de l’Environnement et du Cadre de vie à la CUG au côté du Lawane de Ndjoumassi pour la distributions des bacs à ordures .

En confiant la répartition de ces modules aux autorités traditionnelles, l’édilité de Garoua opère un choix de subsidiarité stratégique. Le Lawana constitue le vecteur d’ancrage idéal pour pénétrer l’intimité des ménages. Cette territorialisation de l’action publique permet d’ajuster le contrôle social aux réalités anthropologiques locales, caractérisées par une forte réactivité de la composante féminine lors des phases de sensibilisation.

Aïssatou Ladi Lanvou salue d’ailleurs cette synergie : « L’impression est très bonne du fait de se rendre compte de l’adhésion des femmes. Elles ont répondu à l’appel, elles ont été présentes, elles ont participé à la sensibilisation et ont récupéré les bacs. Je suis très satisfaite du Lawane qui a abattu un travail de fourmi auprès de la population bien avant notre arrivée. »

La distribution de ces infrastructures de proximité n’est cependant pas exempte d’un formalisme normatif rigoureux. L’autorité municipale lie le don matériel à une obligation de conformité technique et logistique.

« Avant la remise de ces bacs, je fais la sensibilisation sur leur utilisation, explique la Directrice de l’environnement. Il faut éviter de jeter des brindilles de feu dans le bac de peur qu’il fonde, parce que le bac est en plastique et peut brûler. Ce bac à ordures est mobile et est d’une taille qui ne facilite pas l’usage par les enfants ; alors il ne faut pas le confier aux enfants qui n’ont pas la taille requise. Le bac est hermétiquement fermé, il peut contenir jusqu’à 120 litres de déchets. Il suffit de mettre les ordures et de le refermer avant d’aller verser vos déchets lors du passage du service HYSACAM. »

L’annonce de procédures judiciaires à l’encontre des contrevenants marque le passage d’une gestion administrative incitative à une phase de coercition réglementaire, validée par des campagnes d’inspection à domicile. Aïssatou Ladi Lanvou se montre ferme sur le suivi de l’opération :

« Après cette caravane, je vais revenir pour une caravane de vérification, contrôler ce qu’il se passe avec ces bacs dans vos ménages. Si ces bacs sont mis à votre disposition, ce n’est pas pour aller conserver de l’eau ou encore y mettre le mil, le maïs ; c’est uniquement pour mettre les ordures. Si quelqu’un fait de son bac un grenier, il sera poursuivi en justice. »

Cette rationalisation technique trouve un écho favorable au sein de la chefferie traditionnelle et de la population. L’action de la direction sectorielle anticipe l’institutionnalisation de comités locaux de surveillance, transformant le notable en auxiliaire de l’ordre hygiéniste. Saïdou Abdoulaye, Lawane de Ndjoumassi, réaffirme cet engagement :
« Je remercie le maire de la ville. Tout le monde ici a reçu le bac à ordures. Nous allons mener une mission de contrôle pour s’assurer que les ménages en font bon usage. Je remercie également la direction de l’environnement et du cadre de vie pour le remarquable travail qu’elle effectue. »

Ce soutien est appuyé par Ousmaila Oumarou, notable au Lawana :

« Je remercie le président de la République d’avoir pensé à nous, ainsi que la communauté urbaine. Je suis satisfait des bacs à ordures. Nous savons que le quartier sera de plus en plus propre. »

Parallèlement, les témoignages des usagers mettent en lumière un sentiment de désenclavement sanitaire pour ces quartiers, jusqu’ici distants des centres d’impulsion urbains. Roukaytou, résidente de Ndjoumassi, exprime ce soulagement :

« Le bac à ordures est très bien pour la propreté de la ville. Il va nous aider à ne plus jeter les ordures n’importe où. Je remercie beaucoup Madame Aïssatou qui est venue jusqu’à Ndjoumassi. Cela prouve que la communauté urbaine de Garoua pense aussi à nous qui sommes un peu loin de la ville. »

L’assainissement d’une métropole ne saurait dépendre exclusivement de la logistique d’un opérateur concessionnaire tel qu’Hysacam. Elle repose sur l’émergence d’une conscience civique où le citoyen devient le premier gestionnaire de ses externalités. Roukaytou résume d’ailleurs la nature de ce contrat social :

« Nous remercions le chef de l’État qui a bien voulu nous aider dans la lutte contre l’insalubrité dans notre ville. On a les bacs. Il faut maintenant que la population que nous sommes reste responsable. »
Le succès de cette politique n’est pas mesurable au volume de plastique distribué, mais à la capacité des populations à s’approprier collectivement et durablement cette discipline du quotidien.

GAËL TSALA NKOLO